Optique solidaire, le social business qui redonne la vue aux seniors fragilisés

Favoriser l’accès des seniors financièrement fragilisées à un équipement optique de qualité, c’est l’objectif de l’association Optique Solidaire lancée nationalement en mai 2012.

Le « Pass Lunettes » est un dispositif qui s’adresse aux personnes âgées de plus de 60 ans bénéficiaires de l’Aide à la Complémentaire Santé (ACS) dont les revenus sont compris entre 648 et 816€. En effet, pour cette population dont le «reste à vivre» (une fois les charges courantes payées) varie entre 75 et 150€ par mois, le montant de la facture restant à charge pour une monture avec des verres progressifs dépasse souvent les 350€, impossible à financer sur leurs ressources courantes.

Ces seniors qui se situent sous le seuil de pauvreté sont particulièrement pénalisés car ils n’ont pas accès à la Couverture Maladie Universelle Complémentaire (la CMU-C est réservée aux personnes percevant moins de 648 euros mensuels) et doivent donc souscrire une assurance complémentaire classique, dont le montant augmente avec l’âge ! Malgré l’aide à la souscription ACS, ils peuvent être amenés à choisir des contrats à garanties plus limitées, notamment en optique, pour baisser la cotisation mensuelle, alors que la correction visuelle devient plus complexe et plus onéreuse avec l’âge…

Un défi simple et ambitieux : baisser le coût d’une monture de qualité de 350 à 120€. C’est en effet le montant susceptible d’être couvert par le (faible) remboursement de la Sécurité sociale et de la Complémentaire santé ou, dans le cas des moins bonnes couvertures, de laisser un « reste à charge » de quelques dizaines d’euros. Il s’agit de trouver une solution concrète aux 140.000 bénéficiaires potentiels de cette proposition afin qu’ils ne renoncent pas à l’idée de consulter et qu’ils réintègrent un suivi médical normal.

Un travail de co-construction inédit. Avec trente acteurs de la filière optique : ophtalmologistes, opticiens, complémentaires santé, verriers, fabricants de montures, le projet autour de l’association Optique Solidaire a réuni pour la première fois ceux qui assurent, ceux qui soignent, ceux qui fabriquent, ceux qui vendent et ceux qui distribuent. Cette co-construction de l’ensemble des parties prenantes autour d’une forte finalité sociale dans un modèle économique pérenne est le principe même du social business (> voir les autres articles sur le sujet). C’est cette concentration de force de l’ensemble de la filière qui a permis l’aboutissement du concept après plus de 18 mois de travail et d’expérimentation.

Un modèle économique autofinancé. Les principes du social business ont guidé le projet dès son origine. L’Action Tank « Entreprises et pauvreté » de la chaire HEC du même nom a accompagné l’ensemble du processus.  Le programme Optique Solidaire fonctionne sans financement public mais repose sur la démarche volontaire des participants et en particulier des industriels et des opticiens qui acceptent de travailler « à coût marginal » en repensant la chaîne de valeurs et les complémentarités entre les différents acteurs. Il ne s’agit pas d’une action caritative qui suppose un don; les bénéficiaires paient ici pour obtenir leurs lunettes à un coût rendu accessible doublé d’une prise en charge possible.

« Il s’agit d’un modèle économique novateur où l’on ne gagne ni ne perd d’argent. Et ce n’est pas du low cost, la qualité des soins optiques reste la même que pour tout client, précise Xavier Subirana, ophtalmologue et président de l’association, les gens achètent la matière première et la technologie. Tout le reste est couvert par les efforts consentis sur les marges à différents échelons par la filière ». Avec le social business, ces grands groupes repoussent les frontières de l’économie et du social: oui au business, mais sans l’objectif de profit financier.

Partir des besoins des personnes défavorisées. A ces deux premiers principes du social business : pas de pertes/pas de profits et une co-construction mettant en œuvre des alliances nouvelles, on retrouve également dans ce programme l’ingrédient de l’innovation inversée : la définition du produit se fait à partir de la réalité et des besoins des personnes en situation de précarité, population souvent pas ou mal connue des structures marketing. C’est une caractéristique des projets BoP visant à atteindre le « bas de la pyramide ».

Concrètement, comment ça marche ?
Le Pass Lunettes intègre une consultation ophtalmologique et une paire de lunettes avec verres progressifs :

1/ Les Complémentaires Santé (13 organismes à ce jour) informent par courrier les personnes de leur portefeuille visées par le programme de l’existence du Pass Lunettes avec le détail de la proposition et le coût final éventuel en fonction de sa couverture.

2/ Le bénéficiaire prend alors rendez-vous chez un ophtalmologiste, qui est invité par le Syndicat National des Ophtalmologistes de France (SNOF), partenaire de l’Association, à  le recevoir dans un délai inférieur à 3 mois, sans dépassement d’honoraires.

3/ Chez l’un des 483 opticiens adhérents volontaires (la liste des 3 plus proches de son domicile est indiquée dans le courrier), il pourra choisir sa monture parmi une collection de 11 modèles fabriqués par 5 lunetiers français. Ce choix de modèles restreint dans une gamme actuelle mais dont les coût de R&D sont amortis permet de concentrer les volumes et de baisser le coût des montures.

4/ L’opticien reçoit le client, souvent dans ses plages horaires de disponibilité dans la semaine. Il prend les mesures et commande sur un Extranet spécifique l’équipement complet auprès d’Essilor qui effectue l’usinage des verres progressifs sur la monture sélectionnée. Les verres sont de qualité : en polycarbonate traité avec un antireflet qui combine un anti-salissures et un anti-rayures.

5/ L’opticien réceptionne les lunettes déjà équipées et les remet à son client. Le prémontage en usine des verres qui incombe généralement aux opticiens permet de diminuer leur coût d’intervention.

Une phase expérimentale avant le lancement national. En juin 2011, le projet Optique Solidaire a d’abord été testé à Marseille auprès d’un potentiel de 139 bénéficiaires avec 7 opticiens et la Mutuelle du Midi (groupe AG2R La Mondiale). Résultats : 34 personnes, soit 25 % des éligibles, sont porteuses d’un équipement. La démarche a également permis de détecter plusieurs pathologies oculaires qui ont pu être traitées par ailleurs. La population concernée, majoritairement des femmes seules âgées de 70 à 75 ans, «qui ne demandent rien», touchant une petite pension de réversion, n’est pas naturellement très réceptive à ce genre de proposition. Très sollicitées par le démarchage, elles pensaient à un piège publicitaire et il a fallu faire œuvre de pédagogie pour les informer de l’utilité désintéressée de la démarche.

Un an après, le lancement national a pu être effectué. 8000 bénéficiaires sont attendus en 2012. A terme, 140.000 personnes devraient profiter de ce «Pass Lunettes»

A propos Nicolas Cordier

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