Il est urgent de s’arrêter : pour ressentir le présent et diriger à partir du futur émergent !

Dans un monde de plus en plus caractérisé par des changements profonds et rapides, les boussoles traditionnelles ne permettent plus de garder le cap. Au niveau économique, social, écologique ou politique, les horizons semblent de plus en plus incertains dans un contexte de faillite généralisée des institutions. Notre « art de vivre ensemble » est plus souvent marqué par des signes de destruction (malnutrition, pauvreté, terrorisme, violence, dérèglements climatiques, pour n’en citer que quelques uns) que par un élan optimiste de progrès. Si collectivement nous provoquons des résultats à l’inverse de ce que nous souhaitons, un sursaut de conscience est attendu ! Dans ce contexte mouvant, définir une feuille de route guidée par une vision de long terme requiert d’un profond renouvellement du leadership de nos organisations.

Peu outillées pour faire face à ces formidables enjeux de transformation, les organisations sont souvent tentées par la fuite en avant ou par un retour au passé, ces fameux « basiques et fondamentaux qui ont si bien fonctionné. » L’ordre et la stabilité ne sont plus des paramètres usuels de notre époque où des solutions vraies et durables doivent être trouvées au cœur des injonctions de la gestion du quotidien.

S’enrichir des expériences passées, prendre en compte les situations présentes tout en étant attentif à un avenir qui émerge : cette conjugaison à trois temps est essentielle. Une équipe de chercheurs du MIT (Massachussetts Institute of Technology) à Boston, dont font partie Otto Scharmer et Peter Senge, propose une méthode pour approcher l’émergence de nouveaux possibles : c’est laThéorie U, diriger à partir du futur émergent théorie U. Entre « résister » et « faire avec », entre partisans de la marche arrière et défenseurs du statu quo, une troisième voie semble ainsi s’ouvrir pour « diriger à partir du futur émergent », un avenir forcément très différent du passé tant le modèle de développement industriel « prendre, fabriquer, jeter » semble avoir atteint ses limites.

Otto ScharmerCette approche modélisée par Otto Scharmer invite à s’arrêter sur nos façons habituelles de penser et d’agir pour mieux transformer nos schémas mentaux et de communication. Il incite à « prêter attention à [notre] façon d’être au monde… et à la concrétiser comme il convient » selon les termes du philosophe autrichien Martin Buber. Ce modèle s’applique tant aux entreprises, aux ONG et autres composantes de la société civile qu’aux individus eux-mêmes.

Accéder à un champ de conscience qui permet d’innover

Scharmer part du constat que dans toute équipe, organisation ou groupe social, il se passe bien plus de choses que nous n’en percevons. Cet ensemble d’interactions grâce auxquelles les acteurs d’un système se connectent, pensent, dialoguent et agissent est ce qu’il appelle le « champ social. » Or, celui-ci a souvent du mal à changer en raison de notre faible niveau d’attention qui nous empêchent d’appréhender « les forces subtiles qui modèlent ce qui arrive parce que nous sommes trop occupés à réagir à leurs effets. » C’est ainsi que nous reproduisons ce que nous savons, nous plaquons nos modèles mentaux habituels, à la fois pour définir un problème et pour trouver sa solution. Englués dans nos représentations Volonté ouverte, coeur ouvert, esprit ouvertissues du passé, le processus de changement reste superficiel. En observant des leaders ayant mené de profondes transformations Scharmer a détecté qu’ils innovaient à partir d’un état intérieur non visible pour l’observateur extérieur. Il nous invite donc à établir un niveau de conscience plus profond, articulé autour de trois ouvertures : un esprit ouvert, un cœur ouvert et une volonté ouverte.

La méthode du parcours en U

Le U est une « matrice », un cercle ouvert, qui fait appel à l’intelligence collective et présente une méthodologie permettant de reproduire les 5 étapes « où le créateur passe de la feuille blanche à l’émergence d’une intuition ou d’une intention forte, puis à une réalité nouvelle qui se fait jour peu à peu. »

Lâcher-prise, laisser venirOn y distingue trois mouvements principaux :

  1. Transformer sa perception : passer consciemment de la réflexion au ressenti puis au lâcher-prise en faisant taire la voix du jugement, celle du cynisme et celle de la peur. Cette phase d’écoute et de dialogue permet de voir avec un regard neuf (co-initier). Elle est suivie d’une phase de rencontre de nos sources cognitives (co-sentir).
  2. Se retirer et réfléchir : le presencing est l’outil principal, le point bas du U, où il s’agit de laisser la « connaissance intérieure » émerger vers ce que nous nous sentons appelés à devenir. Le «presencing» est un néologisme anglophone qui associe «presence» (la présence) et «sensing» (le ressenti). Cette faculté de se connecter à la source des décisions est, selon Scharmer, l’essence du leadership efficace d’aujourd’hui. Rejoindre le lieu intérieur où émerge l’inspiration et d’où naissent nos actions est ainsi la manière d’éclairer les «angles mort», c’est-à-dire les zones d’aveuglement individuel et/ou collectif qui ne permettent pas de voir la réalité émergente au-delà d’une simple version améliorée du passé…
  3. Prototyper, confronter, déployer : explorer la réalité future par l’action, expérimenter très vite la nouveauté pour donner un aperçu de la vision (co-créer) et passer ensuite aux itérations du projet, en l’adaptant par essais successifs au milieu qui l’absorbe et l’enrichit (co-évoluer) pour changer d’échelle et incarner de nouvelles pratiques.

Livre Théorie U, diriger à partir du futur émergentL’ouvrage d’Otto Scharmer permet de découvrir en détail les processus d’émergence et de mise en œuvre des changements fondamentaux individuels et collectifs. Il permet d’apprendre à faire résonner cette « technologie sociale » dans les individus et les organisations. Il y décrit par exemple très bien les 7 compétences essentielles pour un « leadership génératif » que développe le voyage à travers le U.

Les approches traditionnelles top-down ou command-control ne fonctionnent plus (> voir notamment l’article Le courage du « lâcher prise » ou la liberté des salariés comme remède à la crise sur ce sujet) Le changement et le besoin d’adaptation sont systémiques, dans une organisation en réseau, dont le management reste en grande partie à découvrir. La transformation managériale est ainsi étroitement liée à l’expérience d’un groupe de pionniers dans l’organisation qui seront capables de modifier en profondeur les manières de faire, les modalités d’écoute et de participation permettant d’aborder un avenir commun. (On retrouve ici des similitudes avec les processus d’intrapreneuriat décrit dans l’article Corporate changemakers, ces intrapreneurs qui montrent que l’innovation sociale peut venir de l’intérieur de l’entreprise)

L’entreprise, lieu d’intention(s) et d’émergence de valeur partagée

La plongée dans le U proposée par Scharmer trace une route pour revisiter la manière de diriger l’entreprise, à partir d’un futur émergent accessible par un état de conscience plus profond de ses acteurs. Il rejoint la question de la finalité de l’entreprise, sa vision et sa mission.

Tao et management, Marc HalévyMarc Halévy, qui se définit lui-même comme un tisserand de la compréhension du devenir nous incitait aussi à « faire de l’incertitude notre alliée » (> voir l’article sur le sujet). Dans son livre Tao et Management, il décrit l’importance de ce fil rouge qui dynamise, ordonne et donne sens à toute organisation : sa vocation, sa mission, son âme.

« Une entreprise, c’est d’abord un lieu de passion : passion d’un métier, passion d’une aventure humaine, passion d’une quête concrète, vécue au jour le jour. L’entreprise, c’est ensuite un lieu de Projet ou, plus précisément peut-être, un lieu d’intention(s) où s’élabore un futur que l’on se choisit malgré les aléas et les fluctuations du monde alentour. L’entreprise, c’est enfin un lieu de convergence où des ressources variées s’entremêlent pour faire émerger de la valeur. De la valeur économique, surtout, mais aussi toutes autres formes de valeur. Passion. Projet. Valeur. |…] 

Lorsque l’on méditera sur l’entreprise, la famille ou tout autre sujet, il faudra se demander quel est le feu qui est censé les animer, les vivifier, et les faire s’épanouir et s’accomplir. Sans ce feu, les structures et les organisations restent lettres mortes. On en revient alors aux idées de projet, de finalité, de vocation, voire à un mot comme « âme » (anima et animus en latin) en tant que ce qui anime […].

Toute entreprise est un arbre qui pousse, saison après saison, élagages après tailles, fumages après cueillettes, floraisons après greffes. Et cet arbre croît continûment que l’on prenne, ou non, des photos (budgets, objectifs annuels, chiffres réalisés vs. planifiés, etc.) de lui de temps en temps. Ce qui importe, c’est la raison profonde qui le fait pousser. Où est son intention ? Où est sa finalité ? Qu’est-ce qui le pousse à croître, à verdir, à fructifier ? »

C’est Peter Senge, directeur du Center for Organizational Learning (Centre pour les organisations apprenantes) qui nous donne la liaison entre la méthode pour laisser résonner le futur émergent par une connexion à une intériorité plus grande proposée par Scharmer et l’importance d’enraciner ce parcours dans une raison profonde, une intention partagée telle que décrite par Halévy : « La vision devient une force vive lorsque les gens croient réellement qu’elle peut donner forme à leur futur. Une vision partagée est vitale pour l’organisation apprenante car elle lui fournit le focus et l’énergie pour apprendre. »

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Rencontre avec Tony Meloto, bâtisseur de rêves et innovateur social qui vise l’éradication de l’extrême pauvreté aux Philippines d’ici 2024

Après plusieurs rencontres autour de l’entrepreneuriat social en France ou en Angleterre, j’ai eu la chance de revoir Antonio Meloto lors d’un congrès international en Roumanie dans la belle région de la Transylvanie. « Tito Tony » comme l’appellent affectueusement lesTony Meloto, Nicolas Cordier philippins a un parcours de vie inspirant qui ouvre une voie nouvelle où se côtoient fidélité envers les plus pauvres et esprit d’entreprise, bénévolat et business. L’audace, le professionnalisme et la créativité de l’entrepreneur au service de l’éradication de la pauvreté font bouger les lignes !

D’un bureau de multinationale aux bidonvilles

Fils d’enseignant, Tony a eu une brillante carrière professionnelle dans son pays : cadre dirigeant chez Procter & Gamble puis créateur d’entreprises. Crise de sens et fort Bagong Silangquestionnement sur les inégalités dans son pays l’amènent à s’engager dans l’association Couples for Christ (CFC). Il cherche les conditions d’une croissance pour tous. C’est avec cet organisme qu’il part à la rencontre des jeunes délinquants de Bagong Silang, le plus grand bidonville de Manille au nord de cette mégalopole de 12 millions d’habitants.

De cette immersion naîtra le premier camp pour jeunes chefs de gangs qui aura pour nom « Gawad Kalinga » ce qui en langue tagalog signifie partager et prendre soin. Ce « share & takeWalang Iwanan care » sera le principe de base du mouvement qu’il initie pour restaurer la dignité des plus pauvres afin, comme le dit le dicton philippin « walang iwanan », de ne laisser personne en retrait. Si la pauvreté advient quand on oublie de prendre soin de ses semblables, la culture de Gawad Kalinga (GK) veut y répondre en incitant à dépasser ses seuls intérêts personnels et à s’engager à donner le meilleur de soi-même, de ses compétences et de son temps pour permettre aux pauvres d’atteindre leur plein potentiel.

Croire en ses propres richesses requiert d’un changement de mentalité !

Tony Meloto en est convaincu : les Philippines sontt un pays qui n’a aucune excuse pour rester pauvre. C’est un territoire riche en ressources.  « Nous avons 12 millions d’hectares fertiles prêtes à être cultivées et néanmoins 18 millions de philippins ont des problèmes d’alimentation. 99% des nos produits laitiers sont importés et 85% de nos chocolats proviennent de pays qui n’ont pas un seul cacaotier sur leur territoire alors que le climat des Philippines est idéal pour la production des meilleures fèves de cacao ! Clairement, nous n’avons pas su jusqu’à présent administrer correctement cette terre fertile pour permettre à tous de bien y vivre et éviter par là-même l’exil à l’étranger de plus 12 millions de personnes, qui enrichissent par leur travail des pays qui le sont déjà ! »

« Pour profiter de ces atouts et ressources naturelles, il faut redonner une dignité et une fierté à ce peuple qui s’est laissé enfermer dans une mentalité d’esclave pendant des siècles ! » : c’est le principal enseignement d’un homme qui s’est laissé « se réinventer lui-même » au contact des plus pauvres.

Gawad Kalinga : construire des communautés pour éradiquer la pauvreté

Logo Gawad KalingaEn 2003, fort de cette expérience avec les pauvres, l’ancien businessman fonde l’ONG Gawad Kalinga où il applique les principes de l’entreprise. « Giving the best to the least », ce qu’il y a de meilleur pour les plus petits, signe un style de travail alliant professionnalisme et générosité. En moins de dix ans, l’organisation est devenue le plus grand mouvement par et pour les philippins avec 1 million de bénéficiaires dans 2.000 villages. 25.000 bénévoles réguliers participent aux différentes actions qui mobilisent ponctuellement jusqu’à 1 million de volontaires chaque année !

Le défi qu’il se propose de relever est ambitieux : débarrasser le pays de la pauvreté d’ici 2024 en aidant 5 millions de foyers à retrouver leur dignité.

L’image ci-dessous est magnifique ! C’est le symbole du peuple philippin, conscient de sa force, où des gens de milieux différents s’unissent pour porter ensemble l’énorme fardeau de la pauvreté, signifié ici par le chaos des bidonvilles, et le jeter dans l’abîme…

Together we can end poverty, Gawad KalingaCela symbolise l’esprit de partage du bayanihan qui unit et fédère une communauté autour d’un objectif particulier, traditionnellement le déplacement d’une maison vers un nouvel emplacement, et dans le cas de ce court spot vidéo (0’57’’), c’est l’invitation à participer à la vision GK2024 d’éradication de la pauvreté, en partageant de son temps, de ses talents et de ses ressources :

La première phase de ce programme (2003-2010) s’est attaquée à la justice sociale : de la terre aux sans-terres, des maisons aux sans-abris et de la nourriture aux affamés. Ces trois piliers de la mission de Gawad Kalinga visent à créer dans tout le pays des communautés d’une cinquantaine de maisons qui deviennent à terme des villages autosuffisants et écologiquement responsables.

Building community to end povertyLa construction de logements en dur remplace les bidonvilles grâce à la mobilisation de tout un écosystème orchestré par GK : entreprises privées, pouvoirs publics, réseau de bénévoles et les bénéficiaires eux-mêmes. Les anciens squatters des bidonvilles participent ainsi activement à la construction de leur logement et des infrastructures, c’est leur sweat equity (apport en sueur), c’est également leur dignité et leur employabilité qui sont en jeu.

De grandes entreprises comme Air France-KLM, Hyundai, Nestlé, Philips, Procter & Gamble, Shell ou Unilever participent à ces programmes. Cette approche holistique de la lutte contre la pauvreté en aidant les gens à s’aider eux-mêmes, avec des partenariats multipartites fait de la GK Way un modèle qui inspire bien d’autres réalisations, aux Philippines et ailleurs : Indonésie, Cambodge, Papouasie Nouvelle Guinée,…

Destination changemakersDeux jeunes français, partis pendant un an pour étudier comment contribuer au changement d’échelle de ces entreprises sociales, ont réalisé un magnifique résumé de ce qu’est Gawad Kalinga dans cette vidéo de 3 minutes. C’est le projet Destination Changemakers mené par Jonas Guyot et Matthieu Dardaillon entre septembre 2012 et juin 2013. Leur site présente également d’autre vidéos et articles sur Gawad Kalinga, notamment publié sur l’Express.fr

L’éducation et l’agriculture viennent compléter l’acquisition de logement, avec notamment un fort travail sur l’éthique et les valeurs pour éveiller la capacité créatrice et la responsabilité.

Des activités génératrices de revenus pour une autonomisation des personnes

Une deuxième phase du développement de GK est programmée sur la période 2010-2017 : elle consiste à développer des social business toujours plus innovants avec comme objectif l’autonomisation des communautés par la création d’activités professionnelles et l’exploitation des richesses naturelles du pays.  Il s’agit d’assurer les moyens de subsistance pour l’autosuffisance alimentaire, la préservation de l’environnement, la santé et l’éducation des communautés. C’est la dimension « durable » du volet justice sociale, pour des actions pérennes dans le temps.

Center for Social Innovation Gawad KalingaPour accélérer la dynamique des programmes en vue d’éradiquer la pauvreté aux Philippines en 2024, Tony sait qu’il faut rêver grand et que seuls les entrepreneurs ont la capacité de changer les façons de faire et de penser. C’est ainsi que Gawad Kalinga crée en 2010 le Center for Social Innovation (CSI), un incubateur de social business. Dans la même logique de co-création et de partenariats multipartites, ce centre vise à rassembler autour des communautés GK de jeunes créateurs d’entreprise et des diplômés des meilleures universités du pays pour initier diverses activités.

GK Enchanted FarmFin 2011, le concept de « Enchanted farm » voit le jour au lieu-dit Barangay Encanto à Bucalan au nord de Metro Manila, qui donnera son nom à ces fermes enchantées. Pour éviter l’exode rural, des activités génératrices de revenus sont co-créées entre des entrepreneurs et des membres des communautés GK : production de fromages fins, hôtel / massage, restaurants, produits de soins pour le bain et le corps, etc. Cette pépinière d’entreprises sociales a réussi à « ré-enchanter » la région ; 25 nouvelles enchanted farm devraient voir le jour dans les prochaines années dans le pays.

Human Nature logoAnna, la propre fille de Tony Meloto, a lancé avec son mari Dylan Wilk entrepreneur anglais et sa sœur Camille, une société de cosmétique bio appelée Human Nature. Cette entreprise sociale qui travaille avec des ingrédients bio produits localement, en association avec les communautés GK, connait un développement rapide. N°1 aux Philippines, l’entreprise s’internationalise et sera bientôt la première multinationale sociale au monde.

Bambike and bambuildersUn autre exemple d’entreprise sociale est celui de Bambike qui fabrique des vélos en bambou. Sur la base de l’exploitation locale du bambou, cette entreprise innovante permet de générer de l’emploi local durable.

Le développement de l’entrepreneuriat est devenu une priorité du gouvernement philippin. C’est ainsi que Tony Meloto co-préside le nouveau « Conseil National de l’Entrepreneuriat », avec l’objectif de favoriser l’émergence de 500.000 entrepreneurs sociaux d’ici 2016.

La troisième phase de programmation de la vision GK2024, prévue à partir de 2018, concerne le progrès social d’une génération de citoyens ayant pris leur destinée en mains « pour passer d’un niveau de subsistance à un niveau de prospérité, passant de la honte à la fierté, du second rang à celui de citoyen du monde première classe. »

Un entrepreneur social innovant, reconnu internationalement, dont le service des autres reste la première priorité

Skoll World Forum Tony Meloto Luis OquineñaEntrepreneur atypique, Antonio Meloto a été reconnu «Entrepreneur social de l’année» en 2010 aux Philippines par Ernst & Young et la Fondation Schwab. C’est à ce titre, qu’il est intervenu au World Economic Forum de Davos l’année suivante. En 2011, il recevra les honneurs du «Nikkei Asia» puis le prix de l’Entrepreneur social 2012 par la Fondation Skoll avec le directeur général de Gawad Kalinga Luis Oquineña (ici sur la photo avec Sally Osberg et Jeff Skoll).

Infatigable voyageur, il intervient dans de nombreux forums et universités sur tous les continents, devant des associations, des syndicats ou les représentants des entreprises. Premier ambassadeur de son pays – il aime à dire aux européens que l’Asie ne se limite pas à la Chine ! – il a refusé des places dans des ministères pour se concentrer sur sa mission. Dans son livre « Bâtisseur de rêves« , il indique clairement qu’il apprécie plus la liberté de servir que le pouvoir de diriger… « I value the freedom to serve more than the power to rule. »

Tony Meloto cherche avant tout à transmettre son optimisme radical et la foi que la pauvreté n’est pas une fatalité : « Je continue à découvrir la puissance de la foi et de la grandeur de l’esprit humain en osant défier l’impossible. La clé principale qui ouvre de nombreuses portes fermées, c’est l’engagement et la détermination à ne pas abandonner les pauvres et à ne pas laisser mourir notre rêve pour notre pays. »

Le Figaro, Les rêves de Tony MelotoQuelques jours après la publication de cet article, Le Figaro (bien inspiré !) dressait un portrait de Tony Meloto dans son édition du 11 juin 2013 que je rajoute donc ici en complément…

> Voir l’interview sous-titrée en français de Tony (4’10 ») sur l’Express.fr

Traiter le pauvre comme un membre de ma famille, chaque communauté comme ma propre maison

« Si je veux créer un espace propice à la prospérité et la paix, ma première priorité doit être d’apprendre à voir en chaque homme un frère et un voisin et non pas un ennemi, une victime, une « ressource pas chère payée » ou un objet de pitié… S’ils font partie de ma famille, les pauvres méritent alors de moi l’engagement de mon temps, de mes talents et de mon argent pour les aider à restaurer leur dignité et leur offrir une meilleure qualité de vie.

Les bidonvilles produisent les maladies et les criminels. La faim est une cause majeure de conflit dans les zones rurales. Je dois ainsi élargir ma définition de la famille pour y inclure les criminels et les rebelles si je veux réduire la menace à l’encontre de ma propre famille de sang.

Je dois voir les bidonvilles et les dangereux territoires des banlieues comme si c’était ma propre maison – car ce n’est que lorsque j’élargis ce périmètre en le faisant mien que je suis amené à vouloir le rendre plus sûr pour tout le monde… »

Tony Meloto & filipinos childrenSoyons des révolutionnaires pragmatiques !

Tony Meloto fait partie de ces personnes hors du commun, simples et déterminés, qui montrent que changer le monde est possible et qu’on peut le faire joyeusement ! Comme Muhammad Yunus souvent évoqué dans ce blog, sa trajectoire et son charisme font de lui un emblème de l’inventivité et de la solidarité de l’être humain au service de la dignité et de l’autonomie du plus grand nombre.

Face à l’incapacité des acteurs traditionnels (privés, publics ou associatifs) de relever – seuls – des défis sociétaux de plus en plus complexes, il illustre que la pratique entrepreneuriale appliquée au changement social permet de construire des solutions durables et à grande échelle.

Les entrepreneurs sociaux sont des révolutionnaires pragmatiques : ils reconnaissent l’intérêt de l’économie de marché qui, lorsqu’elle est fondée sur de vraies valeurs, permet un développement économique, social et environnemental durable. Les profits ne sont alors qu’un moyen, pas une fin en soi, qui viennent sanctionner positivement l’accomplissement d’autres finalités.

En août 2013, Tony Meloto est intervenu lors de l’université d’été du MEDEF, le patronnat français. A cette occasion, il a été interviewé sur LCI : 

Hope at GK

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Cap sur l’espérance ! Inspirations et regards croisés en provenance d’Afrique de l’Ouest

L’Afrique est une terre inspirante ! J’ai la chance d’y avoir des amis qui m’ont reçu en ami. Regards croisés, sourires échangés, projets partagés… le Bénin et le Togo ont imprimé en moi des mots et des images : joie, persévérance, foi, respect, danse, détermination,…

Afrique, terre de regardsCes impressions colorés, enracinées et joyeuses sont une invitation à contempler la beauté pour mieux s’engager dans les défis de la réalité. « La beauté est une source inépuisable de joie pour celui qui sait la découvrir » nous disait Simone de Beauvoir. Face au monde tel qu’il est, nous redisons avec Apollinaire : « Il est grand temps de rallumer les étoiles !»

Alors, cap sur l’espérance !

En prolongement de ces images, voici un extrait du discours d’investiture de Nelson Mandela à la présidence de l’Afrique du Sud en 1994 :

« Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur. Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au delà de toute limite. C’est notre propre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie le plus.

Nous nous posons la question : « Qui suis-je, moi, pour être brillant, talentueux et merveilleux ? » En fait, qui êtes-vous pour ne pas l’être ?

Vous êtes un enfant de Dieu. Vous restreindre et vivre petit ne rends pas service au monde. L’illumination n’est pas de vous rétrécir pour éviter d’insécuriser les autres. Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous.

Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus : elle est en chacun de nous, et au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même.

En nous libérant de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres… »

Joie, foi, force, respect, persévérance, sourire, danse, détermination

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Gérer l’incertitude ! Faites-en votre alliée. Regards croisés de Marc Halévy sur le devenir de nos organisations…

« Trop plein de tâches, de contacts, de défis… Trop peu de temps et de certitudes… Tout devient de plus en plus complexe et rapide. Recentrez-vous sur l’essentiel : l’accomplissement de votre projet. Le reste n’est que bavardage. »

Avec ces quelques mots, Marc Halévy synthétise une réalité de notre monde que nous sommes beaucoup à partager – cette impression d’un trop plein d’activités dans un environnement mouvant et dans le même temps une aspiration à retrouver un sens, une singularité à ce que nous sommes et ce que nous entreprenons.

Marc HalévyMarc Halévy se définit lui-même comme un « tisserand de la compréhension du devenir. » Polytechnicien, docteur en sciences appliquées, il se spécialise en sciences de la complexité auprès du prix Nobel de chimie 1977, le belge d’origine russe Ilya Prigogine. Après des études complémentaires en philosophie, histoire des religions et en management, il intervient depuis les années 1990 auprès de dirigeants d’entreprise pour accompagner le changement radical auxquelles leurs organisations sont confrontées.

Le prisme d’analyse de Marc Halévy part du principe que la mutation en cours correspond à la bascule radicale d’une économie industrielle centrée sur les équipements pour la fabrication et l’échange d’objets matériels vers une économie de la connaissance, c’est-à-dire centrée sur la matière grise humaine. D’une économie capital intensive à une économie people intensive, la valeur d’une entreprise devient ainsi majoritairement nourrie par l’intelligence qu’elle contient et non plus par la matière qu’elle y travaille.

C’est un changement de paradigme très profond ! Le style de management doit également opérer sa bascule. En effet, dans une culture financière et comptable, le patrimoine de l’entreprise n’est plus reflété dans son bilan car son principal actif n’est pas comptabilisable puisqu’il s’agit de l’ensemble des savoir faire, de l’intelligence et des talents qui s’y expriment.

Organisation pyramidalePar ailleurs, nous sommes profondément marqués par un mode d’organisation pyramidal, sous-tendu par le principe d’arborescence qui présente l’avantage de minimiser le nombre d’interactions entre les différents éléments. Mais comme le soulignait Marc Halévy lors d’une intervention pour Leroy Merlin à Villeneuve d’Ascq en octobre 2011, « aujourd’hui, face à la complexification et l’accélération du monde, ce mode d’organisation n’est plus adapté : il est trop lent et trop lourd. Pour palier la forte inertie du système, un nouveau type d’organisation voit de plus en plus le jour : le réseau. Contrairement à l’arborescence pyramidale, c’est la maximisation du nombre des canaux d’interactions qui est visé. » > voir son article sur la logique des réseaux.

Organisation en réseauPour répondre aux impératifs d’adaptation de plus en plus rapide à un environnement en évolution permanente, mille, trois mille ou vingt mille collaborateurs en résonance avec leur environnement représentent autant de capteurs branchés sur l’écosystème qu’une dizaine de membres d’un comité de direction ne saura jamais remplacer avec autant de pertinence, d’agilité et de finesse.

Mais la logique de travail en réseau est loin d’être évidente tant elle est éloignée de nos habitudes d’organisations hiérarchiques où depuis si longtemps la domination prévalait sur la collaboration. « My Tailor est mort ! » proclamait un article de l’Usine nouvelle en juinMy Tayor est mort 2012 pour signifier le renouvellement nécessaire du modèle taylorien qu’Isaac Getz décrit comme la bureaucratie hiérarchique qui sépare « ceux qui savent » et « ceux qui exécutent » : > Une erreur est moins grave que des salariés passifs, osons la confiance et l’autonomie ! Travailler en réseau modifie profondément la manière de gérer, de penser, de travailler ou de communiquer. Devenir une entreprise collaborative implique un changement de paradigme très impliquant car loin de la bureaucratie à la fois rassurante mais sclérosante. C’est accepter une transformation permanente. Cela passe par un lâcher-prise qui demande un certain courage.

Cependant dans un monde en pleine mutation, le management semble évoluer moins vite que le monde qu’il est censé « animer » ! Les modes d’organisation ont finalement peu changé depuis un siècle. Les changements dans la façon dont les entreprises créent de la valeur et interagissent avec leur environnement réduisent fortement l’efficacité du modèle de leadership top-down de type administratif. Marc Halévy précise même « La révolution qui s’annonce – et qui s’avère vitale pour l’humanité – sera une révolution bottom-up, du bas vers la haut, par exemplarité, par contagion, par capillarité. » Cette invitation à libérer l’énergie des salariés pour inventer un management 2.0 était le sujet d’un précédent article : Le courage du « lâcher prise » ou la liberté des salariés comme remède à la crise

La fin du management, Gary HamelA l’invitation du gourou en management Gary Hammel qui préconise la fin du management, c’est-à-dire la fin du management traditionnel comme technique de gestion, nous sommes invités à réinventer le sens du travail et la finalité des organisations car, pour durer, l’entreprise doit aujourd’hui satisfaire à la fois les exigences des salariés et des actionnaires mais aussi celles de la société en général.

Dans son article « L’économie pour quoi faire » Marc Halévy pose le diagnostic suivant : « L’économie moderne n’a visé que son propre accomplissement (la croissance !) au détriment de celui des hommes qu’elle a rendu esclaves de leur travail et de leur consommation, et au détriment de celui de la biosphère qu’elle a pillée, saccagée, polluée et détruite à qui mieux-mieux. » Bien définir la finalité de l’économie, et par extension celle de chaque entreprise, est un enjeu clé. La destination finale que l’on se fixe doit même, pour être effective dans le présent, se doter de critères, « pour choisir, à chaque pas, le chemin possible le plus souhaitable. » Pour Halévy, c’est la notion d’intention qui rend cette traduction dans le réel possible.

Jean-François Zobrist, leader libérateur de l’entreprise FAVI, insiste beaucoup sur la place prépondérante à laisser au pourquoi plus qu’au comment. Manager l’incertain ? « Sans doute en laissant de grands espaces de liberté à chacun et surtout aux productifs, pour qu’ils s’adaptent en permanence à leur environnement » répond-il. Mais pour cela il est essentiel que le pour quoi et le pour qui soient intégrés par tous ! Et tel un commandant de sous-marin, il invite les dirigeants d’entreprise à écouter les craquements de la coque du navire et tous les petits bruits de l’intérieur du vaisseau : « Le patron doit aller rechercher les signaux faibles porteurs d’avenir, dedans, auprès des productifs directs, et dehors, pour anticiper les évolutions du monde en cours de bascule entre deux états, l’un la consommation-production, l’autre en devenir. »

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TED, des idées qui méritent d’être diffusées !

TED Ideas worth spreadingTED, ce n’est pas que le nom d’un ours en peluche, c’est aussi l’abréviation de Technology, Entertainment et Design. Derrière ce sigle et ce logo, vous aurez peut-être reconnu les conférences autour d’idées qui méritent d’être diffusées, comme l’indique son motto « Ideas worth spreading. » Des licences locales permettent depuis quelques années à ce format d’interventions courtes de se propager partout dans le monde. En février dernier, la première conférence TEDx a eu lieu à Lille, avec plusieurs intervenants dont nous nous sommes déjà fait l’écho sur ce blog et qui contribuent chacun à leur manière à la construction d’un nouvel art de vivre ensemble.

Le pouvoir des idées pour changer d’attitude, de vie, de monde…

Nicholas Negroponte’s 1984 TEDLa première conférence TED a eu lieu à Monterey en Californie en février 1984. Elle réunissait des passionnés d’informatique, du loisir et du design, trois secteurs qui avaient alors encore peu d’échanges entre eux. Les premières démonstrations du compact disc de Sony ou du Macintosh d’Apple (quelques jours seulement après la « sortie du sac » du Mac par Steve Jobs le 24 janvier 1984) y ont par exemple été présentées. L’intuition était bonne, le concept se cherchait encore un peu et l’équilibre financier n’était pas au rendez-vous. C’est ce qui explique qu’il fallut attendre six ans pour la seconde conférence en 1990. Depuis lors, la communauté des « TEDsters » ne fait que grandir et les rencontres annuelles font salle comble plus d’un an à l’avance. Les exposés se sont étendus à de nombreuses autres disciplines : la science, la politique, les enjeux mondiaux, le management, la philanthropie, la philosophie, l’architecture, la musique, etc.

Richard Saul WurmanLa conférence TED a été conçue et fondée par Richard Saul Wurman, un architecte et designer américain, qui voulait créer de nouvelles passerelles entre des idées et des personnes d’horizons variés. Dans sa définition personnelle de l’innovation, il fallait soit additionner, soit soustraire. C’est ce principe qu’il a mis en pratique dans le renouvellement du genre de ces conférences en ôtant les podiums, les longs discours, les écrans débordant d’informations ou même les codes vestimentaires uniformes ; il promeut la succession de sujets variés au détriment d’un sujet unique. «Tout ce que j’ai fait, c’est de la soustraction.» dira-t-il à propos des Conférences TED.

TED Active, TED GlobalDeux conférences annuelles, TED et TEDActive aux États-Unis et TEDGlobal en Europe réunissent 70 intervenants sur 4 jours qui sont invités à présenter leurs idées dans un format court de 18 minutes maximum qui fera le succès de TED. Cette durée limitée permet en effet à chaque intervenant de synthétiser sa pensée en transmettant l’essentiel, dans un mode « conversation informelle ».

Découvrez en 3’37’’ ce brainstorming collectif, ouvert et constant dans « TED, 18 minutes pour changer le monde »

Chris AndersonEn 2001, l’événement a été racheté à son fondateur par The Sapling Foundation, organisme à but non lucratif créé par l’éditeur britannique Chris Anderson, qui a pour objectif de trouver « de nouveaux moyens de résoudre des problèmes mondiaux difficiles en tirant partie des média, de la technologie, de l’entrepreneuriat et, avant tout, des idées. »

TED TalksLa renommée de ces conférences s’est fortement accrue depuis 2006 avec la mise à disposition gratuite sur Internet des meilleurs TED Talks. Les vidéos de ces conférences ont été visionnées plus d’un milliard de fois (chiffre atteint en novembre 2012). Au millier de personnes de chaque conférence annuelle s’ajoute depuis un million de visiteurs quotidiens du site de vidéos en ligne, avec des sous-titres en 90 langues.

On pourra parfois critiquer une approche toujours positive des réflexions partagées par ces conférenciers du monde entier voire parfois un certain angélisme basé sur la croyance qu’une personne seule peut faire la différence ou qu’il est du ressort individuel de pouvoir changer le monde pour en faire un endroit merveilleux pour y vivre,… Si les conférencesTED donne des idées TED ne sont pas le premier lieu de la critique sociale et des systèmes d’organisations qui nous gouvernent, elles offrent néanmoins une variété d’approches et de regards qui favorisent la découverte, la réflexion, le « penser à côté » et peuvent susciter l’action.

TEDxFace à son succès, TED permet depuis 2009 aux écoles, aux entreprises, aux bibliothèques ou aux groupes d’amis de profiter d’expériences similaires à celle de TED par le biais de conférences qu’ils organisent eux-mêmes. C’est l’objectif du programme TEDx : continuer à partager des idées et la passion de la connaissance. Le « x » signifie qu’il s’agit d’événements qui sont organisés indépendamment, sous licence gratuite, soumise à quelques conditions : pas de promotion commerciale ni politique et pas de rémunération des speakers qui acceptent de céder le droit de diffusion de leur présentation sous licence Creative Commons. A fin 2012, plus de 5.000 événements TEDx dans 133 pays ont permis la diffusion de plus de 16.000 TED Talks.

TEDxSaintSauveurSquareTEDxSaintSauverSquare : quelques illustrations des conférences du 7 février 2013 à Lille.

Le 31 mai 2012, Christian de Boisredon lançait SparkNews, susciter l’envie d’agir et de trouver des solutions (cliquer pour voir l’article) : nous nous faisions alors l’écho de ce YouTube des solutions. Christian revient ici sur son parcours personnel, ses projets et l’impact journalism.

Le 6 décembre 2012, nous allions à la rencontre d’entreprises à contre-courant qui font une confiance totale à leur collaboratrices et leurs collaborateurs avec la conférence : « Salariés libérés, performance assurée? » (cliquer pour voir l’article)  Isaac Getz, de retour dans la région, expose sa vision de l’entreprise libérée et des résultats en termes d’engagement et d’innovation qu’obtiennent les organisations qui entreprennent cette révolution managériale.

Olivier Maurel est l’animateur en chef de danone.communities et ses 10 projets de social business (cliquer pour voir l’article). Il nous livre ici des réflexions personnelles sur notre propre système de références en nous invitant à regarder les choses au-delà des « normes sociales intégrées invisibles qui nous structurent » pour passer de la sagesse du rationnel à la sagesse du relationnel pour expérimenter d’autres manières de vivre ensemble et de « se mettre en joie. »

Le micro-crédit et le retour à l’étymologie de cet instrument financier qu’il implique : accorder son crédit c’est faire confiance, est un sujet qui me passionne depuis longtemps. Ma participation au développement de CONTIGO, un projet pionnier de banque pour les pauvres au Chili au début des années 1990 et le lien étroit entretenu avec la Grameen Bank de Muhammad Yunus (cliquer pour voir l’article) me rendent sensible au témoignage d’Arnaud Poissonier, banquier de gestion de fortunes qui décida deBabyloan renouveler son métier en lançant l’aventure Babyloan.org qui permet à chaque particulier de placer une partie de son épargne pour financer des micro-entrepreneurs dans de nombreux pays.

Le dernier exemple que je vous propose – même si d’autres vidéos passionnantes sont présentées sur le site TEDxLille – est celui d’Antonin Léonard qui nous parle de l’économie collaborative, le partage de biens et de services entre particuliers grâce notamment aux outils Internet qui connectent de manière nouvelle des gens dans la vraie vie. Son blog personnel consocollaborative.com initie la réflexion et la communauté d’intérêt se transforme en mouvement en janvier 2012 autour de la bannière OuiShareOuiShare « Yes, we share ! » – qui un an plus tard dispose d’un site trilingue ouishare.net avec plus de 100 contributeurs qui suscite de nombreuses rencontres et événements en Europe et en Amérique latine.

Porter un regard différent, oser regarder les bonnes nouvelles et les solutions qui marchent sans tomber dans une positive attitude à tout-va, s’ouvrir à ces héros du quotidien qui réveillent en nous un enthousiasme dépourvu de naïveté : c’est aussi cela construire un nouvel art de vivre ensemble. Mettre en valeur des actions authentiquement engagées à la recherche de solutions concrètes, c’est une idée qui mérite d’être diffusée !

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Les questionnements actuels sur le rôle de l’entreprise remettent les préoccupations sociétales au cœur du débat sur la participation du secteur privé à des activités historiquement dévolues à l’État et ses services publics ou aux organisations sans but lucratif. Du mécénat à la création de fondations d’entreprise ou plus récemment l’inclusion de problématiques sociales au cœur du métier de l’entreprise, les formes de cet engagement sont variées.

Social business, laboratoire d'innovation socialeEn observant l’émergence de projets de Social Business, nous constatons combien cette démarche inclusive peut s’inscrire durablement dans le modèle de développement d’entreprises privées. Dans l’interview de Bénédicte Faivre Tavignot dans Le Nouvel Economiste relayée ci-après, nous verrons que les organisations découvrent même que les social business sont de véritables laboratoires d’innovation.

Une prise en compte croissante de l’écosystème

De plus en plus d’entreprises privées se rendent compte qu’elles ne peuvent plus ignorer l’environnement socio-économique dans lequel elles évoluent. Un premier niveau d’engagement se trouve dans l’application d’une politique de responsabilité sociale (RSE). Cela passe dans un premier temps par la réduction des externalités négatives avec l’ensemble de ses parties prenantes sur les trois dimensions du développement durable : économique, sociale et environnementale. Certaines organisations plus volontaristes initient des actions de mécénat ou décident de la création d’une fondation d’entreprise en soutien d’une cause d’intérêt général. Ces fondations d’entreprise sont un lien privilégié entre les secteurs marchand et non lucratif. Leur nombre a été multiplié par 4 en France ces dix dernières années, où l’on en compte près de 300. Fruit d’une conception Logo IMS Entreprendre pour la Citénouvelle de la Responsabilité Sociale des Entreprises, l’intérêt général semble être l’inspiration première de ces structures à but non lucratif. IMS Entreprendre a beaucoup étudié ces dynamiques nouvelles et un article du Nouvel Economiste y est consacré > voir ici.

Co-création entre acteurs historiquement cloisonnés : pouvoirs publics, entreprises privées et acteurs sociaux de terrain

Etude Business & ImpactUne étude publiée ce 13 février par Ashoka-Accenture souligne l’importance de ces alliances nouvelles : « Business & Impact, sortir de la pauvreté en inventant de nouveaux modèles à la croisée du social, du privé et du public en Europe ». Fort du constat que plus de 50 millions d’européens n’ont pas leurs besoins essentiels satisfaits (énergie, santé, alimentation, logement ou emploi), l’idée d’une co-création ou hybridation du social et du business pour mieux servir les populations en difficulté est présentée comme inéluctable.

Dépassant le cadre de la RSE et de la philanthropie, la recherche de solutions innovantes pour ne pas demeurer spectateurs passifs devant des problématiques sociétales croissantes est de plus en plus le fruit d’une collaboration inédite entre les compétences de l’entreprise privée et la connaissance du terrain des entrepreneurs sociaux. Il s’agit notamment de repenser l’offre produit/service adaptée à des populations fragilisées.  Finalement, ces 50 millions de personnes pauvres représentent 220 milliards d’euros de dépenses ! Autre exemple : les 12 millions de personnes en situation de grande fragilité au niveau de leur logement constituent en Europe un marché de près de 125 milliards d’euros. L’étude Business & Impact constate : « Le développement de collaborations entre le monde du Business et du Social peut permettre l’émergence de modèles hybrides à même de mieux répondre à ces besoins, de créer de nouvelles opportunités de marchés pour les entreprises pionnières, de réaliser des économies pour la société et de créer de l’emploi. »

Ahoka Center Social & Business Co-Creation

Logo Ashoka Centre« Des collaborations innovantes, durables parce que rentables et porteuses d’impact social démultiplié » c’est la vision qui a sous-tendu la création du nouveau Ashoka Centre dans les locaux du Palais Brongniart à Paris précise Arnaud Mourot directeur d’Ashoka France, Belgique et Suisse. « C’est un centre européen de co-création largement ouvert à tous ceux, entrepreneurs sociaux, entreprises ou pouvoirs publics, qui désirent inventer des solutions à l’échelle des enjeux de la société. Il y est proposé d’y faire fructifier la notion de « chaîne de valeur hybride » : une chaîne de valeur croisant des « espèces » différentes pour obtenir, comme toute hybridation, un résultat renforcé! »

Le social business, un nouveau business model

Au-delà de la RSE ou du mécénat d’entreprise, qui demeurent à la périphérie du cœur de métier de l’entreprise, des organisations ont ainsi décidé de s’impliquer de manière plus décidée en inventant de nouveaux modèles qui concilient impératifs financiers et impacts sociaux et écologiques. Le Social Business va dans le sensMuhammad Yunus, Nicolas Cordier d’une réconciliation entre social et business, entre entreprises privées et acteurs sociaux, pour co-construire des solutions innovantes à des problématiques sociales. Ce courant est porté par Muhammad Yunus, prix Nobel de la Paix 2006 et grand innovateur social depuis la fondation du Grameen Bank au Bangladesh à la fin des années 1970.

Changement de paradigme avec le Social Business : la réconciliation de l’économique et du social !

Les deux termes – Social et Business – sont souvent fortement dissociés, tant sur un plan personnel qu’au niveau des organisations. La vision manichéenne où les entreprises ne peuvent être centrées que sur la maximisation de leurs profits au détriment de leur environnement et qu’à l’opposé certains acteurs ‘désintéressés’ se chargent de ‘réparer les dégâts comme ils peuvent’ est présente dans la conscience collective.

D’un point de vue individuel, le registre du social est généralement cantonné au domaine privé pendant que le business s’exerce sur le terrain professionnel. En forçant le trait, cette dichotomie reflète le manque d’unité entre le méchant businessman de la semaine et l’altruiste bénévole du week-end.

Résoudre une problématique sociale est ainsi naturellement associé au mécénat, aux fondations d’entreprise, au registre du don. C’est considéré comme une activité périphérique du cœur de métier de l’entreprise, consommatrice de ressources.

Le Social Business propose une inclusion toute différente (d’où la notion d’inclusive business) :

  • s’affranchir de l’enveloppe budgétaire par un modèle rentable ;
  • oser imaginer un changement d’échelle dans la résolution d’une problématique sociale ;
  •  réaffirmer l’importance des compétences et la passion des collaborateurs pour trouver des solutions inédites ;
  • construire en partenariat avec des acteurs de terrain.

L’entreprise est-elle compatible avec le Social Business ?

Cette question est légitime et sous-jacente dès lors que l’on prétend que les grandes problématiques de ce monde pourraient être éradiquées par des entreprises privées, souvent cataloguées dans la catégorie des ‘machines sans âme en quête exclusive de profits’ et non plus par les pouvoirs publics ou des acteurs sociaux.

Rapprocher ces deux notions génère souvent des propos marqués : « Cette vision n’est-elle pas plus celle du ‘pays des bisounours’, ou une sorte de social washing d’une entreprise se rachetant une bonne conscience ?… » Ce type de réaction, assez fréquente même dans des entreprises qui expriment un double projet économique et social avec une politique de partage du pouvoir, du savoir et de l’avoir affirmée, met en lumière la «double injonction» à laquelle sont confrontées les entreprises en général. D’un côté, lorsque les entreprises assument une vocation exclusive de maximisation des profits à reverser aux actionnaires, elles sont accusées d’autisme par rapport à la société qui les entoure. Dans le même temps, lorsqu’elles s’ouvrent à leur écosystème et y développent des projets à rentabilité nulle, elles sont immédiatement accusées de social washing voire de manipulation de l’opinion publique. Cette question a été abordée dans l’article « L’entreprise compatible avec le social business ? » 

Certains critères doivent légitimement pouvoir être associés à la cohérence d’un projet de social business au cœur de l’entreprise :

  • C’est une prolongation ou une ambition réaffirmée de sa mission d’entreprise ;
  • C’est dans ses valeurs et fondamentaux, dans sa culture et ses pratiques managériales ;
  • Cela rejoint son cœur de métier, les compétences de ses collaborateurs sont mises à contribution ;
  • C’est une co-construction avec des partenaires sociaux de terrain.

Une réelle envie de travailler dans une entreprise qui a des valeurs et les incarne !

Le sondage BVA réalisé en septembre 2012 pour Le Cercle d’éthique des affaires et La Poste repris dans l’article « Les salariés déplorent le manque d’engagement éthique des entreprises » illustre bien à la fois la forte attente d’un engagement visible et dans le même temps la mise en doute systématique des démarches éthiques. La sincérité doit être réelle et des actions concrètes doivent être mises en place pour valider dans les actes toute déclaration d’intention. Développer le capital éthique d’une organisation ne doit pas se résumer à l’expression de certaines valeurs qui ‘rassemblent‘ les hommes de l’entreprise. Pour être crédible durablement, attirer de jeunes talents et renforcer l’appartenance et l’engagement des collaborateurs, les actes doivent accompagner la parole et des possibilités d’engagement doivent être proposées.

Nouvel économiste Bénédicte Faivre Tavignot HECLe Nouvel Economiste, dans son numéro de septembre 2012, interviewait Bénédicte Faivre-Tavignot, directeur exécutif de la chaire “Social Business/Entreprise et Pauvreté” d’HEC Paris sur l’articulation entre entreprise et pauvreté et l’apport de Social Business comme vecteur et accélérateur des stratégies de l’entreprise. Nous reprenons ici intégralement cet article.

Comment les entreprises peuvent-elles s’attaquer à la pauvreté ?
On pense tout de suite au mécénat, mais on oublie que toute forme classique d’entreprise, lorsqu’elle crée des emplois et de la richesse, peut réduire la pauvreté. Entre ces deux extrêmes, il existe des modèles intermédiaires, que l’on appelle “à la base de la pyramide”. Ils visent, dans une logique avant tout de profit, à donner accès aux populations pauvres à des produits et services auxquelles elles n’accèdent pas. Un exemple connu est celui d’Unilever qui en Inde qui, par le biais de sa filiale Hindustan Lever, vend des dosettes individuelles de shampoing ou de lessive aux personnes qui vivent avec moins de 2 dollars par jour. L’impact sur la pauvreté de ce type de modèle est bien sûr d’autant plus fort que les produits et services vendus correspondent à des besoins fondamentaux.

Il y a enfin une nouvelle forme capitalistique de contribution à la réduction de la pauvreté qui se développe aujourd’hui : le social business. Il s’agit d’entreprises qui visent la maximisation de l’impact social, le profit n’étant qu’un moyen pour se développer et accroître cet impact. Au point que dans certaines approches, dont celle promue par Muhammad Yunus, les investisseurs acceptent de ne pas toucher de dividendes. Avec Yunus, Danone a été la première multinationale à se lancer dans le social business, au Bangladesh. D’autres entreprises lui ont depuis emboîté le pas : Veolia avec Grameen au Bangladesh, Essilor, SFR et Renault en France.

À quelles difficultés doit faire face une multinationale qui souhaite faire du social business ?
Les difficultés ne sont pas les mêmes dans les pays émergents et en France. Quand les multinationales décident de faire du social business dans les pays émergents, la première difficulté consiste à identifier des produits ajustés par rapport aux besoins des consommateurs. Bien souvent, elles essaient d’“adapter” leurs produits en les dégradant un peu. Résultat : ces produits restent trop chers et parfois trop sophistiqués ! Pour réussir à connaître les vrais besoins de ces consommateurs pauvres et éviter ce piège de l’“adaptation”, de véritables démarches d’immersion et de co-création de produits parfois radicalement nouveaux sont nécessaires. Parfois, il s’agit même de créer de nouveaux marchés. Par exemple dans le domaine de l’eau, Grameen Veolia vend de l’eau saine à bas prix à des personnes qui consommeraient sinon de l’eau pleine d’arsenic. Une autre difficulté est celle de la réplication des modèles à grande échelle. Pour avoir plus d’impact, ces social business doivent se déployer dans d’autres régions, d’autres pays. Mais comme chaque région a ses habitudes propres et ses traditions, le risque est alors d’avoir à repartir à chaque fois de zéro, et de ne pas parvenir à être rentable. Sans compter que l’objectif social rajoute encore des contraintes à l’entreprise et rend la rentabilité encore plus difficile à atteindre.

Mais alors, pourquoi faire du social business ?

Les entreprises qui lancent des social business le font pour développer de nouveaux marchés quand les marchés développés sont saturés, pour remotiver leurs salariés en quête de sens dans leur travail, mais aussi pour améliorer leur image. Le plus important, c’est pourtant que les entreprises découvrent que les social business sont de véritables laboratoires d’innovation. Travaillant dans une démarche sociétale, elles montent beaucoup plus facilement des partenariats avec des ONG, associations et pouvoirs publics, et rentrent dans une démarche de co-création qui les rend beaucoup plus créatives. Elles apprennent à fonctionner “en dehors du cadre”, à inventer des produits et des façons de faire radicalement différentes, qu’elles peuvent parfois répliquer auprès des populations plus aisées, dans une logique d’innovation inversée. Ainsi General Electric a-t-elle développé en Inde des électrocardiogrammes beaucoup moins coûteux que ceux habituellement fabriqués qu’elle vend maintenant aux États-Unis. Enfin, les entreprises qui lancent des social business ont compris qu’elles avaient un rôle à jouer dans la construction d’une nouvelle économie, plus inclusive et responsable, et elles savent qu’elles ne pourront pas prospérer dans un environnement dégradé.

Parlons de l’accueil qu’on réserve au social business : qu’en pensent notamment les ONG ?

Certaines ONG sont assez sceptiques et voient dans le social business une tentative d’instrumentalisation d’un système capitaliste uniquement centré sur la maximisation du profit pour les actionnaires. Cependant, nous voyons de plus en plus d’ONG intéressées par le social business : elles comprennent que les entreprises peuvent leur apporter beaucoup en termes de compétences tout en ayant des intentions droites et un vrai désir de contribution sociétale. Elles sont prêtes à collaborer avec ces entreprises quand elles identifient chez elles un souci de cohérence global. Elles perçoivent enfin dans le social business une alternative quasi indispensable à la baisse des subventions.

Le social business est-il en train de sonner le glas de la philanthropie d’entreprise au sens classique ?

Pas du tout ; la philanthropie reste indispensable dans un certain nombre de cas : l’humanitaire d’urgence, le monde du handicap, l’éducation… Et les social business sont parfois, surtout au début, des modèles hybrides, reposant sur une part de don et une part de modèle économique pérenne. Par exemple, Schneider Electric favorise l’accès à l’électricité en Inde et au Bangladesh, d’une part en formant des techniciens, sous un mode philanthropique, et d’autre part en vendant des lampes solaires. Cela dit, dans un certain nombre de cas, le social business présente l’intérêt de mieux valoriser l’argent de la philanthropie, en l’investissant dans des business qui sont alors autonomes et se développent sous une forme entrepreneuriale, plutôt qu’en le donnant une fois pour toutes.

Le social business lorsqu’il représente un projet cohérent avec la mission, les valeurs et le métier d’une entreprise est un puissant vecteur d’accélération et de renouvellement de ses stratégies. S’engager dans une démarche de vrai impact social est réalisable, et même souhaitable, pour être performant. La raison d’être essentielle d’une organisation réside dans la création de valeur pour la société dans son ensemble. Quand cette volonté de créer de la « valeur partagée » s’inscrit au cœur de la logique compétitive de l’entreprise, les projets de social business qui la portent constituent de véritables laboratoires d’innovation qui enrichissent l’ensemble de ses stratégies et la manière d’atteindre ses objectifs.

Publié le par Nicolas Cordier | Un commentaire

« Corporate changemakers », ces intrapreneurs sociaux qui montrent que l’innovation sociale peut venir de l’intérieur de l’entreprise

Tag Innovation socialeLes termes d’entrepreneuriat social ou d’entreprise sociale sont de plus en plus répandus aujourd’hui notamment chez ceux qui cherchent à apporter des solutions nouvelles aux problématiques sociétales. Ces notions ont assez vite été complétées par celle d’innovation sociale qui rend mieux compte de la nouveauté et des mécanismes complexes permettant un réel changement social dans toutes ses dimensions. Cette formulation permet par ailleurs de ne pas se limiter aux seules entreprises sociales et organismes sans but lucratif. On constate en effet aujourd’hui que la plupart des solutions sociales innovantes dépassent les frontières traditionnelles entre les différents acteurs : État, entreprises privées et organisations sans but lucratif.

Le concept d’innovation sociale est apparu dans les années 1960 mais ce n’est que depuis une dizaine d’années que c’est devenu un sujet d’étude à part entière et une réalité croissante. ParisTech Review Innovation sociale, l'économie de demainPour aller plus loin sur le sujet, l’article de décembre 2011 de la ParisTech Review intitulé « Innovation sociale : l’économie de demain ? » retrace l’émergence de l’innovation sociale et explicite bien le lien entre créativité sociale et esprit d’entreprise, les modèles d’innovation et leur management.

De nouvelles approches concrètes à fort impact social

CSI StanfordAu printemps 2003, le Centre pour l’Innovation Sociale de l’université de Stanford lançait une revue spécialisée sur le sujet : la Stanford Social Innovation Review. Dans leur premier numéro, l’innovation sociale était définie comme « le processus d’invention et de mise en œuvre de nouvelles solutions à des besoins et problèmes sociaux. » A l’automne 2008, cette même revue publiait l’article Rediscovering Social Innovation qui situe bien l’émergence récente de la création de valeur sociale au cœur des entreprises privées, dans le cadre de leur dimension citoyenne ou de leur politique RSE. Ses auteurs précisent que cette nouvelle solution à un problème social, peu ou mal satisfait, doit être « plus efficace, performante ou juste que les solutions existantes et créer de la valeur qui bénéficie principalement à la société dans son ensemble plutôt qu’aux intérêts privés. »

L’innovation sociale se situe ainsi dans l’application concrète, opérationnelle et efficace, de nouvelles approches en vue d’un impact social maximisé visant à toucher le plus grand nombre.

Vers une réconciliation du social et du business

Les organisations sociales, dont la vocation est de résoudre un problème social, ont évidemment été aux avant-postes de l’innovation sociale. Mais de plus en plus d’entreprises privées se rendent compte qu’elles ne peuvent plus ignorer l’environnement socio-économique dans lequel elles évoluent. Un premier niveau d’engagement se trouve dans l’application d’une politique de responsabilité sociale. Cela passe dans un premier temps par la réduction des externalités négatives avec l’ensemble de ses parties prenantes sur les trois dimensions du développement durable : économique, sociale et environnementale. Certaines organisations plus volontaristes initient des actions de mécénat ou décident de la création d’une fondation d’entreprise en soutien d’une cause d’intérêt général. Ces logiques restent néanmoins à la périphérie du cœur de métier de l’entreprise.

Michael PorterPlus récemment, des entreprises s’impliquent de manière plus décidée en inventant de nouveaux modèles qui concilient impératifs financiers et impacts sociaux et écologiques. Cette volonté de créer de la « valeur partagée » en plaçant les bénéfices environnementaux et sociétaux au même rang que les bénéfices financiers, au cœur de la logique compétitive de l’entreprise, a été décrit par Michael Porter dans un article qui a eu un large écho, publié dans la Harvard Business Review en janvier 2011.

Muhammad Yunus, Nicolas CordierLe Social Business va dans le même sens d’une réconciliation entre social et business, entre entreprises privées et acteurs sociaux, pour co-construire des solutions innovantes à des problématiques sociales. Ce courant est porté par Muhammad Yunus, prix Nobel de la Paix 2006 et grand innovateur social depuis la fondation du Grameen Bank au Bangladesh à la fin des années 1970 (> voir les articles sur Yunus sur ce blog). Il nous indiquait dans une entrevue en mai 2012 : « On développe un Social Business pour résoudre un problème social de façon entrepreneuriale. Le principe de fonctionnement : ni perte, ni distribution de dividendes; les profits sont réinvestis pour maximiser l’impact social

Par rapport aux logiques de mécénat ou aux politiques générales de RSE, le Social Business propose ainsi une inclusion toute différente :

  • s’affranchir de l’enveloppe budgétaire par un modèle rentable;
  • oser imaginer un changement d’échelle dans la résolution d’une problématique sociale;
  • réaffirmer l’importance des compétences des collaborateurs pour trouver des solutions inédites;
  • fonctionner systématiquement en partenariat avec des acteurs de terrain.

Emmanuel FaberEmmanuel Faber, vice-président de Danone et initiateur du premier joint-venture entre Grameen et Danone, insiste sur le rôle social de l’entreprise et la manière dont certains problèmes sociaux peuvent trouver une solution par le social business. Il redit également l’impérieuse nécessité d’une coalition d’acteurs réunissant le secteur privé, le secteur public et les ONG qui chacun de leur côté n’ont pas été en mesure de résoudre certaines problématiques. Cette co-construction est facilitée par la « zone démilitarisée » que permet la non-recherche de profit pour l’actionnaire de la logique du social business : pas de pertes, pas de dividendes.

Son intervention et plus largement la vision du lien entre le Social Business et l’entreprise a été explicitée lors du lancement officiel du programme Mobiliz de Renault en juillet dernier. > Voir l’extrait vidéo suivant (3’54″)

Au-delà du département RSE, les intrapreneurs sociaux ouvrent une voie nouvelle

Stanford Social Innovation ReviewUne étude de mars 2011, également publiée dans la Stanford Social Innovation Review illustre que, si ceux qui souhaitent générer un changement social ou environnemental dans leur entreprise empruntaient classiquement le chemin d’une direction de la RSE ou du développement durable, les véritables initiatives de changement sont souvent le fait d’intrapreneurs exerçant une mission « conventionnelle » dans l’entreprise.

L’intrapreneur social fait bouger les lignes au sein de son organisation en inventant de nouvelles façons de créer de la richesse. Il est capable de créer la rupture tout en s’intégrant aux stratégies de l’entreprise, qu’il connaît bien. Capable de fédérer autour de son projet des énergies diffuses dans l’organisation et des compétences variées, il est animé par une vision d’un futur émergeant tout en étant capable d’un grand pragmatisme pour passer rapidement du discours à l’expérimentation. En d’autres termes, il chercher à « hacker » le système de l’intérieur pour changer les règles et ouvrir son organisation sur son écosystème. Le corporate hacker veut changer les choses de là où il est, au cœur du système… 

Homme de réseau tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’entreprise, c’est un défricheur capable d’avancer à contre-courant. Il est prêt à risquer son poste et sa carrière car il a une claire vision que son projet est un vecteur et un accélérateur de la transformation de l’entreprise. Il réinsuffle du lien social et du sens au sein de son entreprise, comme entre celle-ci et son écosystème.

C’est ainsi de plus en plus grâce à des collaborateurs persévérants, patients, parfois un peu têtus mais affichant de fortes convictions que des entreprises se lancent dans des projets où elles mettent leur savoir-faire et leur compétence au service de la société et de son réseau associatif.

Intrapreneuriat social : la nouvelle frontière de l’innovation sociale

Convergences 2015 INSEAD, ESSEC, Le Monde, BCGDans la suite du Forum Convergences 2015 auquel j’ai pu participer en septembre à Paris, une première conférence dédiée à l’intrapreneuriat social était organisée fin novembre dans l’auditorium du Monde. Cette matinée était organisée par l’INSEAD et l’ESSEC avec le soutien du BCG, ce qui démontre l’intérêt pour l’innovation sociale au sein des meilleures écoles de management et des grands cabinets de conseil.

Différents projets d’innovation sociale, dans des domaines d’activité très variés et portés par des salariés dans leur propre entreprise ont été présentés :

  • APREVA (Association pour la réparation et l’entretien de véhicules automobiles), un garage solidaire redonnant une seconde vie aux véhicules du parc de GrDF ;
  • Adecco Insertion, filiale spécialisée de l’agence de travail temporaire pour intégrer professionnellement des personnes très éloignées de l’emploi ;
  • Le programme de microcrédit de BNP Paribas pour donner accès au crédit dans les pays du Sud ;
  • EIDRA (Entreprise d’Insertion de Rumilly et de l’Albanais), une activité de recyclage et de conditionnement des stocks obsolètes de Tefal (groupe SEB) pour insérer des personnes précaires ;
  • Des Soins & des Liens qui vend un service de psycho-socio-esthétique qui entretient la vitalité de personnes âgées en formant des esthéticiennes au chômage, sous le parrainage de Beierdorf (propriétaire de la marque Nivea) ;
  • Les Jardins de Cocagne, jardins de maraîchage biologique à vocation de réinsertion professionnelle sur des terrains mis à disposition par Vinci.

Intrapreneuriat social verticalCes initiatives innovantes répondant à des enjeux de société à l’intérieur de l’entreprise traditionnelle sont encore peu nombreuses et souvent méconnues. Pourtant le soutien de l’entreprise privée peut être un puissant levier pour atteindre un fort impact social. Une description précise de ces projets et une analyse plus globale de ce type de démarche se trouve dans l’excellente étude co-rédigée par Octavie Baculard, Amandine Barthélémy, Elisa Lewis, et Romain Slitine et intitulée « L’intrapreneuriat social : la nouvelle frontière de l’innovation sociale pour l’entreprise » (© Odyssem & Volonteer)

Les employés-entrepreneurs sources d’innovation et de croissance pour les entreprises

Dans ce petit livre, une définition très pertinente de l’intrapreneuriat social en France est donnée avec différents critères d’analyse. Je les reprends ici intégralement (page 13 et 14 de l’étude).

« L’intrapreneuriat social est la mise en place par un salarié d’une démarche entrepreneuriale, en interne, qui combine modèle économique équilibré et fort impact social, dans un projet structuré et ambitieux, en lien avec le métier de l’entreprise.

Quatre critères peuvent servir de cadre pour définir l’intrapreneuriat social en France :

  •  Une démarche entrepreneuriale : L’intrapreneuriat social est un processus dynamique le plus souvent porté par un intrapreneur, et parfois par un collectif d’individus. Cet intrapreneur social doit faire preuve de ténacité pour convaincre de l’intérêt et de la viabilité de son innovation, qui par définition s’appuie sur un modèle encore non éprouvé.
  • Une recherche de fort impact social : La recherche de l’impact social maximal et de changements sociaux à grande échelle sont au centre du projet. Pour être qualifiée de projet d’intrapreneuriat social, l’innovation doit être mise au service de l’atteinte d’un objectif clairement social. L’évaluation de cet impact social est centrale à la fois pour piloter au mieux les projets et pour passer du statut de projets pilotes à celui de produits et services inscrits au cœur du métier de l’entreprise.
  • Un modèle économique équilibré : C’est souvent la création de modèles économiques hybrides qui garantit la pérennité du projet : les projets d’intrapreneuriat social cherchent également à diversifier leurs ressources afin d’assurer leur mission sociale. Le plus souvent, cependant, ils misent sur une part conséquente d’autofinancement par le marché.
  •  Un environnement délimité : l’entreprise : Le projet doit obtenir l’adhésion de l’entreprise pour voir le jour et s’appuyer sur ses ressources pour se développer : compétences, moyens matériels, voire soutien financier pour l’amorçage des initiatives. »

Accenture et Ashoka : un partenariat pour construire de meilleures entreprises depuis l’intérieur vers l’extérieur

Un récent partenariat entre la société de conseil Accenture et l’organisation internationale Ashoka vise à favoriser le développement de l’intrapreneuriat social : La Ligue des Intrapreneurs Accenture Ashoka

Logo AshokaAshoka est une organisation sans but lucratif initiée en Inde en 1980 par Bill Drayton (depuis 2006 en France) qui vise à faire émerger un monde où chacun est en mesure d’agir pour répondre aux défis sociétaux. C’est ce que traduit sa signature : chacun peut être acteur de changement – Everyone can be a changemaker™. Ashoka soutient des Entrepreneurs Sociaux innovants, les « Fellows Ashoka », afin que ces pionniers participent à l’expansion du secteur et accélèrent la diffusion de l’innovation sociétale. Ce sont aujourd’hui plus de 3000 Fellows à travers 70 pays

Vigie mondiale de l’innovation sociale, Ashoka repère ainsi des projets qui émergent partout, dans tous les pays, pour créer de la valeur. L’organisation a également modélisé son système pour développer à grande échelle la création de valeur commune entre entreprises traditionnelles et entrepreneurs sociaux : c’est la Chaîne de Valeur Hybride.

Logo AccentureAccenture (contraction de Accent on the future) est le premier cabinet de conseil au monde. En 2010, un ambitieux programme baptisé Skills to Succeed (des compétences pour réussir) a été lancé en faveur de l’insertion économique et professionnelle en développant les compétences de 250 000 personnes dans le monde d’ici 2015 afin de leur permettre de trouver un emploi ou de créer leur entreprise. Ce programme de plus de 100 millions de dollars sur trois ans repose sur 4 leviers : des missions de mécénat de compétences, une entité spécifique sans but lucratif Accenture Development Partnerships pour des missions de conseil à prix accessibles pour des ONG, le tutorat et les congés solidaires.

The league of intrapreneurs Ashoka AccentureDans le cadre de cette stratégie Skills to Succeed, un partenariat et un soutien financier d’Ashoka permet de développer des initiatives qui bénéficient à l’emploi. Réunis par une même volonté d’identifier et de faire changer d’échelle, ensemble, des innovations sociales, un des projets concerne spécifiquement le soutien et la détection d’intrapreneurs sociaux. Le défi de la Ligue des Intrapreneurs cherche à trouver des solutions pour transformer les règles des entreprises et de la société. Près d’une centaine d’intrapreneurs y participent, dont un projet en France que je vous laisse découvrir…

Les intrapreneurs sociaux, porteurs de projets, donnent du sens à l’entreprise

L’intrapreneuriat social bénéficie non seulement aux bénéficiaires des projets mais aussi à l’entreprise elle-même, à ses collaborateurs, qui se voient ainsi proposer des activités répondant à leur quête de sens, et à la collectivité. Les entreprises ont tout à y gagner, pas grand chose à y perdre. Espérons que le mouvement de ces « corporate changemakers » continue à se développer… 

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Soyons des « idiots attentifs » à la beauté !

« La beauté sauvera le monde ! »

Cette phrase célèbre de Dostoïevski m’inspire quelques réflexions en cette veille de Noël. «La beauté sauvera le monde ?» est d’abord l’interrogation du prince Mychkine, héros principal du roman « L’idiot » et qui en inspire le titre car son regard plein d’empathie, de bonté et d’innocence sur le monde le font passer pour un idiot aux yeux des hommes. Soyons donc des idiots attentifs à la beauté et à la bonté !
(> voir aussi l’article de Fiodor sur le sujet)

Les véritables artistes sont ceux qui – par leurs œuvres – nous laissent entrevoir cette beauté qui trouve tout son sens dans le mystère qu’elle évoque et le contexte qui lui est associé. Autrement dit, la beauté se voit dans la lumière – ou dans l’obscurité – de celui qui la contemple. La philosophe française Simone Weil, écrivait à ce sujet : « Dans tout ce qui suscite en nous le sentiment pur et authentique de la beauté, il y a réellement la présence de Dieu. Il y a presque une incarnation de Dieu dans le monde, dont la beauté est le signe. »

Playing for change, l’Hymne à la joie et l’orchestre Los Reciclados, trois contemplations pour retrouver un regard émerveillé d’enfant sur notre monde…

Los Reciclados de CateuraLos Reciclados de Cateura est un orchestre de jeunes musiciens paraguayens qui jouent sur des instruments en déchets recyclés dénichés dans les poubelles.

Cateura, au Paraguay, est un bidonville installé sur une vaste décharge. 1.500 tonnes viennent s’y déverser chaque jour. Plus de mille gancheros – littéralement des crocheteurs – s’y activent en permanence. On les appellent ainsi car leur principal outil de travail est le gancho, le crochet pour trier les déchets.  Tout commence quand le chef d’orchestre Favio Chávez y débarque pour lancer une école de musique. Il y avait alors bien plus d’élèves que d’instruments disponibles. Et un violon coûte là-bas plus cher qu’une maison… C’est grâce à l’ingéniosité de Nicolás « Cola » Gómez, un des employés de la décharge, qu’une dynamique nouvelle est lancée pour les jeunes de Cateura. Cola est devenu un luthier hors pair qui invente et fabrique des violons, des violoncelles, des flûtes et autres instruments à partir des rebuts de la capitale Asunción et de son agglomération.

Favio Chavez, Cola et leurs instruments recyclésFavio Chávez est le directeur de cet orchestre tout à fait singulier. Il est convaincu du pouvoir de la musique comme élément de transformation sociale : « Vous nous envoyez vos déchets, on vous renvoie de la musique ! » proclame-t-il. Les frontières s’élargissent puisque l’orchestre des Reciclados commence à se produire dans différents pays d’Amérique latine.

Un documentaire en cours de préparation, The Landfill Harmonic raconte l’histoire incroyable de ces jeunes de Cateura. Voici la bande annonce :

Playing for change, une autre manière de changer le monde. 

Une même chanson jouée aux quatre coins de la planète par des artistes de rue qui ne se connaissent pas mais partagent une même aventure et une même émotion grâce au partage en ligne : c’est le mouvement Playing for change. (> voir l’article précédent)« La musique a le pouvoir de casser les murs entre les cultures, d’élever la compréhension entre les humains. Le fait de jouer avec des personnes de culture et religion différentes, avec des opinions économiques ou politiques variées est un message en soi. Cela montre que nous pouvons trouver des manières de travailler, de partager nos expériences avec les autres d’une façon positive. »  indique Mark Johnson qui a initié ce mouvement en 2005.

Stand by me a été un des premiers succès qui les a fait connaître :

L’Hymne à la joie rend joyeux !

Depuis quelques années, les flashmob envahissent l’espace public avec l’irruption de musique ou de chorégraphies dans des lieux publics à la surprise – et souvent au ravissement – de tous les passants. Dans l’exemple qui suit, c’est une banque catalane qui a voulu fêter ses 130 ans en faisant jouer l’Hymne à la joie sur une place de Barcelone à plus de 100 musiciens et choristes qui se regroupent progressivement :

Comme le prince Mychkine de Dostoïevski, soyons des ambassadeurs d’empathie. L’empathie est la capacité à comprendre les sentiments et le point de vue des autres, et d’utiliser cette compréhension pour guider ses propres actions. C’est une qualité qui est essentielle à la fois pour le développement humain individuel mais également pour notre capacité collective à résoudre les problèmes et à construire une société plus inclusive. Le regard de l’artiste ouvert à la beauté du monde nous aide à développer cette qualité.

Logo AshokaL’organisation internationale Ashoka, premier réseau d’Entrepreneurs sociaux dans le monde, fondé par Bill Drayton il y a plus de 30 ans, en a d’ailleurs fait la base de ses actions de sensibilisation destinées aux jeunes avec le programme Start Empathy. Pour que chacun puisse être un acteur de changement, commençons par l’empathie qui est une source de transformation profonde.

Start Empathy, Ashoka

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« Salariés libérés, performance assurée? » échanges avec Isaac Getz et Mehdi Berrada

“Salarié-e-s libéré-e-s, performance assurée ? A la rencontre d’entreprises à contre courant qui font une confiance totale à leurs collaborateurs et leurs collaboratrices » : c’était le sujet qui interpellait les près de 200 participants à la soirée «Vivre l’économie autrement» du Centre du Hautmont près de Lille début décembre.

Soirée Salariés libérés 6 déc Salle complète

Dans un monde qui ne sait plus très bien où il va, devant les incertitudes qui raccourcissent nos horizons, quand le pragmatisme semble être devenu synonyme de « baisse la tête, avance et tais-toi » ce sujet peut apparaître un rien provocant. Parler d’entreprises libérées, de bonheur pour être performant, d’autonomie, de liberté, de responsabilité ou de pouvoir confié à ceux qui font, c’est effectivement parler de pratiques managériales à contre-courant. Pourtant des entreprises ont initié ce chemin, parfois long et semé d’embûches, d’une libération des énergies permettant d’atteindre des performances avec des salarié-e-s, non seulement engagé-e-s mais heureux-ses !

Trois intervenants qui ont étudié, accompagné ou mis en place ce type d’organisation nous ont partagé leurs visions et expériences.

Isaac Getz (conférence Vivre l'économie autrement)Isaac Getz, professeur à l’ESCP Europe, est l’auteur du livre «Liberté et Cie» qui décrit les histoires étonnantes de Gore, FAVI, SOL, Harley Davidson,… Pendant cinq ans, Isaac a étudié ces « entreprises libérées » et rencontré leurs dirigeants et leurs salariés. Sa recherche a permis de mettre en évidence le type de leadership que requiert une telle révolution managériale.

Mehdi Berrada (conférence Vivre l'économie autrement)Medhi Berrada, directeur général adjoint du Groupe Poult, a vécu de l’intérieur la transformation d’une PME de 1600 personnes d’un mode de management paternaliste et pyramidal vers un leadership qui donne toute latitude aux salariés pour créer et innover. Il a apporté un témoignage vivant sur la façon dont le leader des biscuits à marque distributeur s’est engagé dans cette aventure et sur les résultats que cette démarche a permis.

Laurent Marbacher (conférence Vivre l'économie autrement)Laurent Marbacher, innovateur social et accompagnateur d’entreprises comme Poult depuis plusieurs années, anime un groupe de partage d’expériences de leaders qui ont choisi le chemin de l’entreprise libérée. A propos de l’ouvrage Liberté & Cie qui sert de référence à l’intervention, Laurent écrivait dans Les Échos : « Il trace un chemin pour refonder le pacte entre les organisations et le milieu humain avec lequel elles se développent. »

RCF à la demandeEn guise d’introduction à ce sujet enthousiasmant mais qui peut également soulever de nombreuses interrogations, voici l’interview sur Radio RCF donnée le même jour par Isaac et Laurent (18′) > cliquez pour écouter

Quel est l’engagement des salariés aujourd’hui ?

Logo Gallup L’organisation internationale Gallup mesure de manière régulière depuis 1997 l’engagement des employés sur une échelle de cinq points autour de 12 questions – l’enquête Q12 – dans 9 pays différents. L’enquête classe les salariés en 3 catégories :

1. Les salariés engagés : motivés, prescripteurs des produits et des stratégies de leur entreprise ; créateurs de valeur, Isaac Getz les compare à des « poules aux œufs d’or. »
2. Les salariés non-engagés : ces collaborateurs effectuent leur tâche avec une relative neutralité, « ils arrivent pour repartir », parfois en regardant les heures défiler ; ce sont de « vieux chevaux fatigués »
3. Les salariés activement désengagés : ces salariés ont une vision négative de leur entreprise et vont jusqu’à lutter contre les intérêts de cette dernière. Isaac les surnomment les « renards… mangeurs de poules aux œufs d’or »

En France, l’enquête réalisée avec l’Ifop, montre une relative stabilité dans les différentes entreprises sondées et affiche des résultats surprenants par rapport au manque d’engagement d’une majorité écrasante de salariés : à peine un peu plus d’un salarié sur 10 est engagé !Sondage Gallup sur l'engagement des salariés

Nous n’entrerons pas dans une analyse approfondie de ces chiffres, les auteurs de l’étude précisant par ailleurs que les non-engagés basculent facilement dans l’une des deux autres catégories, selon les circonstances pour rétablir peu ou prou ces proportions. A tous ceux qui seraient tentés de trouver une réponse simple à cette problématique complexe, par exemple en mettant dehors les 28% d’activement désengagés, Isaac prévient qu’une nouvelle génération spontanée viendrait rétablir l’équilibre de ce milieu vivant !

L’interpellation posée par l’auteur de Liberté & Cie est alors la suivante : pensez-vous vraiment que 9 personnes sur 10 soient naturellement dans une posture passive voire résolument contraire aux objectifs de l’entreprise ? Au moment de leur recrutement, une telle proportion est-elle déjà encline à ne pas contribuer positivement au développement du projet commun ? Bien évidemment non ! La question est donc de comprendre les conditions qui font que, plus ou moins rapidement, ce type de neutralité passive ou malveillante s’inscrit dans les manières de faire au quotidien. Une piste évoquée pour décrire la cause de cette déperdition d’énergie et de déviance par rapport aux objectifs de l’entreprise est la bureaucratie hiérarchique qui se met en place à différents niveaux dans nos organisations.

Le problème du manque d’engagement des salarié-e-s étant environnemental, vive les leaders jardiniers !

De même que tirer sur une fleur fanée ne lui fait retrouver ni vigueur ni ne la fait grandir, il faut plutôt veiller à ce qu’elle ait de l’eau et les minéraux dont elle a besoin pour se développer toute seule, les leaders d’entreprises sont appelés à être les jardiniers de l’écosystème qui favorisera la croissance et l’épanouissement de chaque salarié-e.

La question qui nous est posée rejoint celle de Bill Gore, de l’entreprise du même nom connue notamment pour son textile respirant le Gore Tex : « Quel genre de leaders nous faudrait-il pour obtenir des salariés qu’ils s’autoaniment et arrivent à assurer eux-mêmes la bonne marche et la coordination de leurs activités professionnelles ? »

Repensez l’organisation en libérant l’initiative et la responsabilité de tous !

« Chaque fois que l’on dit à un subordonné comment faire son travail on le déresponsabilise encore un peu plus. Cessons donc de le dire aux salariés et commençons à écouter ce qu’ils ont à proposer »  indique Isaac. « Les leaders libérateurs construisent un environnement qui épouse et nourrit la nature humaine — plutôt que lutter contre elle. »

Cet environnement prend en compte trois besoins fondamentaux :

– un environnement dans lequel chacun est traité en tant qu’intrinsèquement égal : les salariés ont alors envie de prendre des initiatives;

–  un environnement dans lequel chacun peut se développer : les salariés sont ainsi capables de mener à bien leurs initiatives;

–  un environnement dans lequel chacun peut s’auto-diriger : les salariés ont la possibilité de réaliser leurs initiatives.

Dans ces extraits du film « L’entreprise libérée » de l’agence Eikos, les propos d’Isaac sont complétés par les témoignages de Jean-François Zobrist de FAVI en Picardie et de Michel Munzenhuter de SEW Usocome en Alsace et de leurs équipes respectives. Ils décrivent de manière très concrète – et parfois amusante ! – la manière dont l’environnement culturel d’une organisation, le style de management, influence et imprègne l’engagement de chaque personne.

SOL ou la révolution du travail joyeux en Finlande

L’exemple de l’entreprise de nettoyage de bureaux SOL en Finlande est emblématique de ce Liisa Joronen SOLtype de transformation managériale. Quand Liisa Joronen hérite de la branche nettoyage de l’entreprise familiale de blanchisserie Lindström, elle est frappé du manque de considération ressenti par ses agents « que personne ne voit » et qui travaillent de fait en dehors des horaires de bureaux. L’organisation a été modifiée afin qu’ils travaillent le jour, ils ont troqué leurs uniformes anonymes pour des tenues qu’ils ont choisi jaune et rouge, « pour être vus de tous. » Cette nouvelle dynamique leur a permis de créer des liens avec leurs clients, de mieux connaître leurs besoins et de devenir force de proposition pour de nouvelles prestations, à plus forte valeur ajoutée. La révolution du travail joyeux était en marche. Pas de hiérarchie, pas de bureaux attitrés, même pour la flamboyante patronne, pas d’horaires de travail, un siège social excentrique où chacun insuffle l’esprit maison : se comporter comme son propre manager.

Agent de nettoyage SOLLes résultats sont là : n°2 en Finlande des services de nettoyage, l’entreprise connaît une croissance moyenne de 15% depuis l’arrivée de Liisa en 1992 avec un chiffre d’affaires de 210 millions d’euros, un total de 10.000 employés et une marge trois fois supérieure à celle du marché.

« SOL est parmi les quatre entreprises les plus innovantes au niveau managérial au monde, c’est un des exemples les plus avancés de management décentralisé » indique Shoji Shiba, professeur au MIT. Pour sa part, Isaac Getz a été très marqué par ses différentes visites à Helsinki. Liisa Joronen qui a aujourd’hui passé la main à ses enfants à la tête de SOL résume ses principes de la manière suivante : « Chacun veut être bon, faire un bon travail. Les gens ne sont pas paresseux. J’ai eu quelques déceptions mais rien n’a ébranlé cette conviction. Les gens ne sont pas mauvais. On les traite d’une mauvaise manière… Bien sûr, SOL n’est pas un paradis pour chacun mais nous avons crée des gens ambitieux et les avons libérés des règles et régulations inutiles.»

L’importance du « pourquoi on y va »

Albert Einstein signalait déjà toute la valeur de redonner sens et bonheur à nos actions : « La raison la plus motivante de travailler se trouve dans le plaisir que l’on y trouve, dans le plaisir du résultat atteint, et dans la connaissance de la valeur de ce résultat pour la communauté. » Les perspectives de développement des entreprises où la prise d’initiative de chacun est devenue centrale sont illimitées. La mise en place de ce type de management requiert de certaines conditions. En particulier le cap doit être défini et partagé. Isaac Getz insiste à plusieurs reprises sur l’importance de la mission dans les entreprises libérées : « Plus une entreprise veut accorder de liberté aux salariés, plus elle doit définir clairement la mission, la vision, la stratégie et les valeurs. »

Le courage du « lâcher-prise »

Piloter une entreprise de libération d’une organisation remet profondément en cause le rôle des managers en déplaçant le barycentre du pouvoir et ses nombreux attributs. Les leaders et tout le management doivent réinventer leur rôle, créer de la valeur différemment. Laurent Marbacher souligne qu’il faut du courage et une bonne dose de confiance en soi et dans les autres pour oser ce lâcher-prise, car pour une part, c’est un voyage en terre inconnue. C’est le vécu au quotidien de Mehdi Berrada chez Poult où pour que le moteur de l’innovation repose sur l’expression permanente des employé-e-s, il doit pouvoir sacrifier le pouvoir de dire aux autres « comment faire » (> voir l’article sur le sujet)

Poult, un biscuitier innovant

Biscuits Emile PoultPoult est devenu un industriel majeur dans l’industrie du biscuit sucré avec 20% des volumes commercialisés en France sous marques de distributeurs. Avec cinq usines en France et trois sites de production en Pologne qui totalisent 1.600 employés, cette entreprise née en 1883 a évolué d’une stratégie de volume avec des rachats successifs vers une stratégie d’innovation. A l’occasion du rachat de l’entreprise bretonne Panier-Tanguy – de même taille – en 2005, les dirigeants ont souhaité redéfinir le projet d’entreprise et la manière de le mener à bien, dans un souci d’adaptabilité et d’innovation permanente.

Mehdi BerradaMehdi Berrada – après une brillante carrière de banquier d’affaires chez Rothschild – change radicalement de style d’organisation pour rejoindre cette aventure, attiré par la vision entrepreneuriale centrée sur une la place de l’homme au cœur du système de son ancien client et PDG de l’entreprise, Carlos Verkaeren. Ce dirigeant veut donner toute latitude aux salariés pour créer et innover, un facteur de croissance essentiel dans un secteur hautement concurrentiel.

Leurs croyances se déclinent sur trois plans : l’Homme a une forte capacité d’adaptation ; il a un potentiel gigantesque d’inventivité et, dans grande majorité des cas, il est honnête. Il s’agit donc de créer une culture favorable à l’expression de ces qualités. Les ingrédients indispensables sont la confiance, la liberté, la transparence, la décentralisation déhiérarchisée et enfin la responsabilité vis-à-vis des clients et de ses pairs.

Logo Groupe POULTPour passer de la théorie à la pratique, un groupe de travail de 17 membres volontaires a travaillé pour proposer une organisation à l’ensemble de l’entreprise. Rapidement quelques principes ont émergé : le client au centre des préoccupations de tout le monde, des équipes transversales autonomes et responsables, une organisation en réseau, sans silos qui simplifie et raccourcit les circuits de décisions et une appartenance à plusieurs équipes.

Chez Poult, les budgets ont disparu !

Le budget est l’outil de contrôle par excellence des organisations. Il permet de suivre les objectifs négociés avec la hiérarchie et le suivi régulier des écarts avec la réalité occupe beaucoup de monde et beaucoup de temps… « Dans un contexte de plus en plus imprévisible, la valeur ajoutée de ce reporting permanent est apparue comme contradictoire avec la volonté d’adaptabilité et d’innovation permanente de l’entreprise. Le budget n’est donc plus l’outil de management global de l’entreprise. Il a été remplacé par un outil prévisionnel simplifié et facilement révisable » précise Mehdi. Projeter l’avenir étant une science de plus en plus approximtive, la performance se mesure principalement par rapport au réalisé sur la période précédente et par benchmark avec la concurrence. Ainsi, dans le processus d’autonomisation et de responsabilisation de chaque personne, les frais sont engagés librement en fonction des besoins des projets.

Un « animateur de site » choisi par les opérateurs

Recrutement, fixation des rémunérations, mise à disposition de tous des résultats et des projets stratégiques : d’autres bastions traditionnels du pouvoir des dirigeants tombent au profit d’une contribution renforcée de chaque femme et de chaque homme de cette entreprise. A l’occasion du départ en retraite du directeur d’un des sites de production, un appel à candidature interne a été lancé. Un collectif d’une quinzaine de personnes s’est constitué sur la base de la cooptation par métier et lignes de production pour que l’ensemble des opérateurs soit représenté. Ce groupe s’est réuni préalablement pour définir les attentes et les critères du poste. Les entrevues des trois candidats se sont faites de manière collective et la décision fut également celle du collectif.

> Voir l’article de janvier 2011 dans L’Expansion à l’occasion du Prix du Management de l’Innovation décerné à Poult

> Voir l’article « Poult : plus d’autonomie pour le salariés »  dans la Dépêche du Midi

Les histoires des entreprises libérées sont enthousiasmantes. Les différents exemples montrent que c’est un chemin exigeant et progressif. Il faut entre trois et dix ans pour devenir vraiment « libres » et « superperformants ». Néanmoins, dès aujourd’hui, ces illustrations nous invitent à réfléchir au type d’environnement que nous voulons créer pour manifester que l’homme est bon, et par là même, permettre son développement, son engagement et la création de valeur qui en découle.

Cette intervention a eu lieu le 6 décembre 2012 dans le cadre des soirées « Vivre l’économie autrement » organisée au Centre du Haumont à Mouvaux.

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Le courage du « lâcher prise » ou la liberté des salariés comme remède à la crise

Le monde bouge. Le rythme semble s’accélérer. Les enjeux sont planétaires. Les mutations technologiques, économiques et sociales sont nombreuses. Il faut sans cesse s’adapter à un environnement incertain et changeant. Dans nos économies occidentales développées, les crises successives laissent parfois poindre un sentiment d’impuissance ou d’insécurité face à l’avenir.

Le management évolue moins vite que le monde qu’il est censé « animer » !

Le monde de l’entreprise n’échappe pas à ces changements fulgurants. Pourtant les modes d’organisation et les pratiques de management ont peu évolué depuis plus d’un siècle. Le schéma majoritaire repose encore souvent sur quelques sachants qui déterminent les grandes orientations et disent ce qu’il faut faire à des exécutants. Des métCharly Chaplin, voilà ce que tu dois fairehodes, une « administration » et des process se mettent alors en place pour en vérifier la bonne exécution, attestée par un imposant reporting. Un bon manager se caractérise ainsi par la manière dont il supervise le travail de ses équipes pour atteindre les objectifs de son organisation en professant son crédo : « je planifie, j’organise, je dirige et je contrôle.»

Cette approche command & control a permis des progrès et une création de valeur remarquables pendant des décennies. Mais elle est de moins en moins viable dans le contexte actuel. L’accélération du changement rend les prévisions impossibles, le savoir est devenu un commodity, les avantages compétitifs se réduisent rapidement, les nouvelles technologies révolutionnent la manière de collaborer… Les changements dans la façon dont les entreprises créent de la valeur et interagissent avec leur environnement réduisent fortement l’efficacité de ce modèle de leadership top-down.

Le management 1.0 n’est plus adapté !

La fin du management, Ce qui compte vraiment, Gary Hamel

La version française du livre « The future of Management » (2007) de Gary Hamel prend ce titre provocateur de « La fin du management« . Il y annonce en fait la fin du management traditionnel comme technique de gestion et invite ses lecteurs à inventer le management de demain. Il en appelle à la nécessité d’inventer le management 2.0.

Son nouvel ouvrage publié début 2012 « What matters now » (fin septembre pour la version française : « Ce qui compte vraiment« ) va plus loin.

Il ne s’agit plus seulement de faire évoluer les règles du jeu, il faut basculer vers une entreprise qui innove vraiment avec cinq défis fondamentaux : les valeurs – l’innovation – l’adaptabilité – la passion  et la philosophie managériale. Il invite à réinventer le sens du travail et la finalité des organisations car, pour durer, l’entreprise doit aujourd’hui satisfaire à la fois les exigences des salariés et des actionnaires mais aussi celles de la société en général.

Comme mentionné dans un article précédent, il faut dépasser le modèle taylorien en misant sur la liberté individuelle.

Comment être acteur dans un monde qui change si vite ? Une première réponse se trouve peut-être dans le fait de ne pas entraver l’engagement créatif de tous les acteurs, car comme le disait Louis Amstrong : « En grande partie, ce que nous appelons “management” consiste à compliquer le travail des gens.» Mais certaines entreprises ont choisi de construire un autre mode d’organisation qui leur donne plus d’agilité pour s’adapter en permanence, innover et créer de la valeur : elles se basent sur la liberté, la créativité et l’autonomie de l’ensemble de ses collaborateurs et collaboratrices. Ces « entreprises libérées » font l’objet de différents articles sur ce blog > voir ici.

A l’origine de ces révolutions managériales, il y a toujours un homme ou une femme qui ose aller à contre-courant pour construire un modèle unique… et performant.

« Quel genre de leaders nous faudrait-il pour obtenir des salarié-e-s qu’ils s’auto-animent et arrivent à assurer eux-mêmes la bonne marche de leurs activités ? » se demandait Bill Gore de l’entreprise du même nom (et connue notamment pour le Gore-Tex et ses innovations dans des secteurs d’activité très variés).

A travers quelques citations de ces patrons d’un autre genre, on perçoit bien le nouveau style d’hommes et de femmes que cette mutation requiert :

« Il n’y a pas de performance sans bonheur. Pour être heureux, il faut être responsable. Pour être responsable, il faut avoir la liberté du « Comment ». » Jean-François Zobrist, FAVI

« Le management, ce n’est pas faire, c’est une sorte de laisser-faire, pour faire en sorte que les choses se fassent d’elles-mêmes» d’après François Julien repris par JF Zobrist.

« La qualité indispensable d’un leader est de savoir se subordonner à ses salarié-e-s.»  Bob Davies, Sea Smoke Cellars

« Diriger, c’est savoir écouter « le tout » mieux que les autres.» Jeffrey Hollender, Seventh Generation

« La responsabilité incessante d’un leader, c’est de supprimer toutes les barrières, pour s’assurer que la vision est claire, puis réelle. »  Jack Welch, General Electric

« Au XXIe siècle, pour atteindre des niveaux élevés de performance, une organisation doit créer des conditions telles que ses acteurs libèrent leurs énergies. Il ne s’agit plus de manager ni de diriger, il s’agit d’être ensemble en co-inspiration. »
Kevin Roberts, Saatchi & Saatchi

Des nouvelles technologies au management et à la culture d’entreprise, passons au 2.0 !

Logo LippiLauréat « Entreprise Familiale » des récents Trophées PME « Bougeons-nous » du journal Les Echos, Lippi est un fabricant charentais de grillages, clôtures et portails métalliques. Elle a fait le choix de relocaliser une partie de la production qu’elle réalisait en Chine pour atteindre 95% de made in France cette année. Pour réaliser ce pari de la qualité et de la compétitivité, une révolution managériale est mise en place par Julien et Frédéric Lippi, petits-fils du fondateur de cette entreprise cinquantenaire. C’est une organisation 2.0. intégrale ! En effet, l’entreprise est connue pour son utilisation des nouvelles technologies (voir notamment l’article de Jean-Michel Billaut). Par exemple, tous les salariés, du soudeur à la secrétaire, communiquent entre eux via Twitter pour faire circuler l’information plus rapidement. Mais l’évolution n’est pas seulement technologique, elle s’appuie sur deux autres axes importants : la formation (avec notamment une web school interne) et une réforme managériale qui met le middle management « au service de la base ».

Frédéric Lippi« Pour s’adapter à notre époque, il faut être agile tout en mettant au cœur de toute réflexion et stratégie l’humain » indique Frédéric Lippi. Il souligne aussi la problématique sous-jacente au processus de libération et d’autonomisation de chaque collaborateur et collaboratrice pour le manager qu’il est : «Donner de l’autonomie ? Un vrai acte d’autorité ! Mon premier problème, c’est la tentation de résoudre…»

Liberté &; CieAinsi le « lâcher prise » semble être la clef de ces transformations menées par ces patrons. Leur rapport au pouvoir s’en trouvent profondément bouleversé. Isaac Getz, co-auteur du livre Liberté & Cie (> voir article sur le sujet) souligne dans son ouvrage combien il est difficile de sacrifier son pouvoir de dire aux autres « comment » faire pour se concentrer sur la qualité de l’environnement et sur le partage du « pourquoi », de la vision – d’un niveau mondial ! – de leur entreprise.

Isaac GetzLes 4 étapes pour libérer son entreprise, selon Isaac Getz :

  1. Arrêtez de parler, commencez par écouter et mettez-vous au même niveau que vos employés.
  2. Partagez votre vision de l’entreprise ouvertement afin que tous les employés aient la capacité de se l’approprier.
  3. Arrêtez d’essayer de motiver les gens, mais construisez un environnement qui leur permette d’évoluer et de s’autodiriger.
  4. Pour maintenir la liberté de votre entreprise, soyez-en le garant par une vigilance de tous les instants.

« Pour atteindre la performance forte et durable qu’ils visaient, ces patrons ont renoncé à agir sur l’homme (à le contrôler, le motiver, le manager) et préféré agir sur son environnement pour que ce dernier le nourrisse », résume Isaac Getz dans le très bon article « Et si on partageait le pouvoir? » publié dans La Tribune.

Motiver c’est donner un motif, puis un moteur à l’action. Le «pourquoi on est là» doit devenir le référentiel de prise de décision à chaque échelon, sans substitution de responsabilité à chacun des niveaux.

L’adaptabilité et l’innovation de ces entreprises libérées leur donnent des performances qui sont un bon remède anti-crise. Ce chemin reste cependant peu fréquenté. Peut-être parce que la route est longue. Peut-être aussi parce qu’il implique une conversion personnelle des managers qui doivent quitter une certaine toute-puissance et s’habituer au lâcher prise sans autre filet que la mission et les valeurs du projet qu’ils animent.

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Les salariés déplorent le manque d’engagement éthique des entreprises

Les salariés déplorent le manque d’engagement éthique des entreprises en général et doutent même de la sincérité des démarches déontologique mises en place dans leur entreprise. C’est en tout cas ce qui ressort du sondage BVA réalisé fin septembre 2012 pour Le Cercle d’éthique des affaires et le Groupe La Poste publié dans 20 Minutes le 6 novembre.

Il est intéressant de constater qu’il existe une attente très forte des collaborateurs de l’engagement éthique des entreprises de plus de 500 salariés puisque 86 % estiment « important » d’avoir un interlocuteur responsable de l’éthique et de la déontologie dans leur entreprise et que 75% reconnaissent des évolutions positives en la matière. Il y a une réelle envie de travailler dans une entreprise qui a des valeurs dont on peut être fier.

Cependant, seul 1 salarié sur 4 croit à la sincérité des démarches éthiques des entreprises. Près des deux tiers (64%) estiment même que la seule finalité poursuivie est intéressée, pour faire bonne figure ou se racheter une image. Les objectifs poursuivis semblent être «améliorer la confiance des clients envers la société » ou « la confiance des partenaires extérieurs» (91%), « écarter les risques juridiques » (88 %) et enfin, « améliorer ses résultats économiques » et « l’attractivité sur le marché du travail » pour 8 personnes interrogées sur 10.

Alors l’éthique en entreprise n’est-elle qu’une cynique affaire d’image ? Le social washing vient-il aujourd’hui compléter le green washing tant décrié au niveau de certains affichages pro-environnement ? Je retiens de ce sondage que la sincérité qui préside à certains choix éthiques d’une organisation doit être réel et que des actions concrètes doivent être mises en place pour valider dans les actes toute déclaration d’intention.

Pour ne pas apparaître comme un partisan du « pays des bisounours », le scepticisme l’emporte souvent. Tiraillé entre utopie et réalisme, il nous est parfois plus confortable de nous préserver derrière une vision manichéenne où les entreprises ne peuvent qu’être centrées sur la maximisation de leurs profits au détriment de leur environnement et qu’à l’opposé certains acteurs désintéressés se chargent de réparer les dégâts comme ils peuvent…

C’était le sujet de l’article L’entreprise compatible avec le social business ? publié précédemment. Entre cynisme et envie d’y croire, ce sondage illustre également très bien la « double injonction » à laquelle sont confrontées les entreprises qu’y évoquaient Bénédicte Faivre-Tavignot et Frédéric Dalsace de la Chaire Entreprise et Pauvreté d’HEC : soit elles sont accusées d’autisme face aux attentes de la société quand elles restent sur leur territoire exclusivement business, soit elles sont taxées de manipulation de l’opinion publique quand elles développent des projets de social business à rentabilité nulle

Rendre compatible le fait de faire des profits et d’avoir un impact social et environnemental où la performance économique se conjugue à des missions d’intérêt général : c’est notamment la voie qu’ouvre le social business.

Cette réconciliation entre l’économique et le social est évoquée ici par Emmanuel Faber, vice-président de Danone, et auteur du livre « Chemins de traverse. Vivre l’économie autrement » (Voir cet extrait 1’25″)

Développer le capital éthique des entreprises doit se faire pour de bonnes raisons pour être crédible durablement. Les actes doivent accompagner la parole. Faire émerger un engagement éthique à la hauteur de nos attentes passe aussi par un changement de regard, abandonnant un certain cynisme stérile pour valoriser les actions authentiquement engagées à la recherche de solutions concrètes.

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Comment un éléphant peut cacher une vache ou comment revenir au bon sens utile et créateur de valeur !

Petite histoire d’éléphants et de vaches pour revenir au bon sens et libérer l’énergie de celles et ceux qui créent de la valeur au quotidien dans l’entreprise…

Il était une fois deux anglais, seuls, dans un compartiment d’un train qui allait de Birmingham à Londres. Ils étaient assis face à face et lisaient chacun dans leur coin le Times, en feignant de s’ignorer, par discrétion typiquement britannique. De temps en temps l’un d’eux arrachait une page du Times puis la déchirait en petits morceaux, entre ouvrait la fenêtre du compartiment et jetait les petits morceaux de papier.

Après que ce manège se fut répété 4 ou 5 fois, son voisin, levant les yeux au-dessus de son journal, après un petit toussotement annonçant qu’il allait s’exprimer, lui dit :

I’m sorry but, sans vouloir être indiscret, j’ai cru, bien malgré moi remarquer que, régulièrement, vous déchiriez une page de votre journal et jetiez les morceaux par la fenêtre. Puis-je me permettre de savoir le pourquoi de ce geste ?

Oh, c’est très simple. J’ai fait toute ma carrière aux Indes et dans ce pays on pratique de la sorte car les bouts de papier effrayent les éléphants, ce qui leur évite de venir sur les voies.

Mais nous sommes au Royaume-Uni, entre Birmingham et Londres et il n’y a pas d’éléphant !

Vous voyez bien, ça marche !

Au-delà de nous faire sourire, cette histoire est riche d’enseignements et décrit finalement assez bien une situation qui se répète plus souvent qu’on ne le croit dans nos organisations… En y regardant d’un peu plus près, nous constaterons que nombre de chasseurs d’éléphants subsistent dans nos organisations, ils ont même été recruté pour cela !

La méthode qu’emploie Jean-François Zobrist (> voir précédent article), l’ancien et charismatique patron de FAVI, pour les déceler est simple : c’est le jeu des 5 pourquoi. Se poser la question de la finalité réelle et de l’intérêt concret de nos actions pour la création de valeur n’est pas si anodin. Progressivement, souvent sans s’en rendre compte, nos organisations ont suscité une administration interne avec des missions aux titres parfois rassurants… mais dès le 4e ou le 5e pourquoi, certains interlocuteurs doivent évacuer un sentiment de vide voire de panique, car ils prennent conscience que ce sont en fait… des chasseurs d’éléphants.

Dans les entreprises ayant trop de bon sens pour avoir des chasseurs d’éléphant, il y a… des compteurs de vaches !

En effet, dans nos contrées, les éléphants ne se trouvant que dans les cirques, c’est plus souvent une vache qui se place sur la voie et arrête le train de l’entreprise… Et c’est là que les compteurs de vaches interviennent avec grand professionnalisme. Ils sont capables de détailler sur douze mois glissants que la race des vaches ayant arrêté le train de l’entreprise était Limousine à 24%, Parthenaise à 28%, Normande à 32% (en progression de 7 pts par rapport à N-1) et Charolaise à 16%. Pour chaque race, la répartition par âge moyen de l’animal, taille au garrot ou couleur de la robe permet d’affiner l’analyse.

Reprenant l’expérience d’une entreprise libérée comme FAVI, quand son « petit patron naïf et paresseux» – continue son questionnement et demande au compteur de vaches : « C’est bien, c’est intéressant, mais que faites vous pour empêcher la vache de venir sur la voie ?

Alors ils vous fixent avec un regard absent en focalisant très très loin derrière vous, tellement la question est incongrue. Eux ils font des statistiques sur les vaches qui arrêtent le train, ce n’est pas leur problème de savoir pourquoi les vaches sont là et comment éviter qu’elles ne viennent. »

Il n’est pas question de dire que les indicateurs d’activité ne sont pas utiles. Mais comme me le signalait récemment un chef de rayon expert d’une grande surface : « on a tellement d’indicateurs à regarder qu’on n’en voit plus la route !».

Particulièrement en ces temps de crise, il semble essentiel de ramener les chasseurs d’éléphants et les compteurs de vaches sur la voie du bon sens et en faire de véritables animateurs pour aider « ceux qui font et qui savent »  sur le terrain à faire en sorte que rien n’arrête le train de l’entreprise.

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